# Quelle pente donner à une terrasse en béton pour évacuer l’eau ?
La conception d’une terrasse en béton nécessite une attention particulière à l’évacuation des eaux pluviales. Une pente inadaptée peut entraîner des désordres structurels majeurs : stagnation d’eau, infiltrations, dégradations prématurées du revêtement, et même risques pour la sécurité des usagers. Pourtant, de nombreux maîtres d’œuvre et auto-constructeurs sous-estiment encore l’importance d’une inclinaison correctement calculée et mise en œuvre. Les pathologies liées aux défauts de drainage représentent près de 23% des sinistres déclarés sur les ouvrages extérieurs en béton selon les dernières données de l’Agence Qualité Construction. La question de la pente optimale ne se résume pas à un simple pourcentage théorique : elle doit être adaptée au type de béton, à la surface de la terrasse, aux contraintes réglementaires et aux conditions climatiques locales. Maîtriser les techniques de coffrage, comprendre les normes en vigueur et anticiper les solutions de drainage périphérique sont autant d’éléments indispensables pour garantir la pérennité de votre ouvrage.
Le DTU 52.1 et les normes réglementaires pour la pente d’évacuation des terrasses
Le cadre normatif français encadre rigoureusement la réalisation des terrasses extérieures en béton. Ces prescriptions techniques, loin d’être de simples recommandations, constituent des références opposables en cas de litige ou de sinistre. Leur respect conditionne également la validation des garanties décennales.
Exigences du DTU 52.1 concernant l’inclinaison minimale des dalles extérieures
Le Document Technique Unifié 52.1 régit spécifiquement la mise en œuvre des revêtements de sol scellés. Bien qu’il traite principalement des carrelages, ses prescriptions concernant la pente s’appliquent également aux supports en béton. Le DTU impose une pente minimale de 1,5% pour les surfaces extérieures, soit 1,5 cm par mètre linéaire. Cette valeur représente le seuil technique en dessous duquel l’écoulement gravitaire devient insuffisant. Pour les terrasses de grandes dimensions, certains bureaux d’études préconisent même d’atteindre 2% afin de compenser les tolérances de mise en œuvre et les déformations différées du béton. Il faut comprendre que cette inclinaison doit être effective après réalisation, tenant compte des tassements éventuels et des variations dimensionnelles du matériau. Les professionnels avertis intègrent généralement une marge de sécurité de 0,2 à 0,3% lors du coffrage initial.
Norme NF P84-204 et coefficients d’écoulement des eaux pluviales
La norme NF P84-204 établit les règles de calcul pour le dimensionnement des systèmes d’évacuation des eaux pluviales. Elle introduit notamment le concept de coefficient de ruissellement, variable selon la nature du revêtement. Pour un béton lisse, ce coefficient atteint 0,90, ce qui signifie que 90% de l’eau précipitée ruisselle en surface au lieu de s’infiltrer. Cette donnée influence directement le dimensionnement des dispositifs de collecte : caniveaux, regards, descentes. La norme prescrit également des débits de référence basés sur des intensités pluviométriques décennales, variant selon les zones géographiques. En région méditerranéenne, où les épisodes cévenols peuvent atteindre 100 mm/h, les exigences diffèrent significativement de celles applicables
de celles d’une région à climat océanique ou continental. Concrètement, plus l’intensité de pluie de projet est élevée, plus la pente minimale de la terrasse en béton et la capacité des ouvrages d’évacuation (diamètre des descentes, section des caniveaux) doivent être dimensionnées avec prudence. C’est pourquoi, lors de la conception d’une terrasse en béton, il est indispensable de croiser les prescriptions de pente issues du DTU 52.1 avec les hypothèses de ruissellement définies par la norme NF P84‑204, en particulier pour les grandes terrasses d’immeubles collectifs ou les toitures‑terrasses accessibles.
Conformité aux règles PLU et contraintes d’évacuation en milieu urbain
Au‑delà des normes techniques nationales, les règles locales d’urbanisme (PLU ou PLUi) encadrent également l’évacuation des eaux pluviales des terrasses en béton. Dans de nombreuses communes, il est ainsi interdit de rejeter directement les eaux de ruissellement sur le domaine public ou chez le voisin. Vous devrez alors prévoir soit un raccordement au réseau d’eaux pluviales, soit un dispositif de rétention ou d’infiltration sur la parcelle (puits d’infiltration, noue paysagère, cuve de récupération).
Ces contraintes impactent directement la conception de la pente de la terrasse. L’inclinaison doit orienter les eaux vers les points de collecte autorisés, tout en évitant les débordements ou les refoulements vers le bâti. En zone très urbanisée, où les réseaux sont parfois saturés lors des orages, certains PLU imposent même un débit de fuite maximum. Dans ce cas, une pente trop forte combinée à un revêtement en béton très imperméable peut majorer brutalement le débit de ruissellement. Il est alors pertinent de combiner une pente réglementaire avec des surfaces partiellement perméables (joints drainants, zones engazonnées) pour lisser l’écoulement.
Réglementation accessibilité PMR et adaptation des pentes selon la loi du 11 février 2005
La loi du 11 février 2005 relative à l’accessibilité des personnes handicapées impose des exigences spécifiques pour les cheminements extérieurs, rampes et terrasses accessibles au public ou aux occupants d’un immeuble collectif. Pour ces zones, la pente de la terrasse en béton doit concilier deux impératifs : garantir un écoulement efficace de l’eau et rester praticable en fauteuil roulant ou pour des personnes à mobilité réduite. Les textes d’application fixent en général une pente longitudinale maximale de 5% pour un cheminement courant, avec des tolérances ponctuelles plus élevées sous conditions.
En pratique, cela signifie que pour une terrasse desservant un accès principal, on cherchera un compromis autour de 1,5 à 2% de pente, en orientant l’inclinaison de manière perpendiculaire au sens de déplacement lorsque c’est possible. À l’image d’un toit légèrement bombé, la terrasse peut être conçue avec une pente transversale douce vers un caniveau en périphérie, sans créer une sensation de déclivité sous les pieds. Dans les projets ERP ou logements neufs soumis à la réglementation accessibilité, il est vivement recommandé de faire valider ces pentes par un bureau de contrôle, car une non‑conformité peut entraîner des travaux de reprise coûteux.
Calcul du pourcentage de pente optimal selon la surface et le type de béton
Déterminer la bonne pente pour une terrasse en béton ne consiste pas à appliquer aveuglément un pourcentage unique. Il faut tenir compte de la surface à drainer, de la nature du béton (lissé, désactivé, imprimé), de la longueur de ruissellement et du contexte climatique. Une terrasse de 10 m² abritée ne se dimensionne pas comme une grande dalle de 80 m² exposée plein ouest. Avant le coulage, quelques calculs simples permettent d’anticiper la dénivelée nécessaire en centimètres et de vérifier que la pente restera compatible avec l’usage prévu de la terrasse.
Formule de calcul de la pente en centimètre par mètre linéaire
La pente d’une terrasse se calcule en pourcentage en utilisant la formule :
pente (%) = (dénivelée verticale / longueur horizontale) × 100
Inversement, pour connaître la dénivelée à réaliser, on applique :
dénivelée (cm) = longueur (m) × pente (%) / 100 × 100
Par exemple, pour une terrasse en béton de 5 m de profondeur avec une pente cible de 2%, la différence de niveau entre le point haut (au droit de la façade) et le point bas (côté jardin ou caniveau) sera de 5 × 2 / 100 = 0,10 m, soit 10 cm. À l’échelle du chantier, cette valeur se matérialise facilement avec une règle de maçon ou un niveau laser : à chaque mètre, il faut prévoir 2 cm de baisse. Vous pouvez ainsi vérifier, cordeau tendu et niveau à bulle à l’appui, que la pente est régulière sur toute la longueur.
Pente recommandée pour béton lissé versus béton désactivé ou imprimé
Le type de finition du béton influence fortement le comportement de l’eau en surface. Un béton lissé, très fermé, présente un ruissellement rapide mais aussi un risque accru de glissance si l’eau stagne, notamment en hiver. À l’inverse, un béton désactivé ou structuré (béton balayé, imprimé) offre une meilleure accroche mais retient davantage les micro‑pellicules d’eau dans ses reliefs. Il convient donc d’ajuster la pente en conséquence.
Pour un béton lissé utilisé comme terrasse extérieure, on visera une pente proche du minimum réglementaire, soit 1,5 à 2%, tout en veillant à la qualité du drainage périphérique. Pour un béton désactivé ou imprimé, qui présente une rugosité plus importante, il est prudent de majorer légèrement cette valeur, par exemple entre 2 et 2,5%. Cette majoration compense le ralentissement du film d’eau dans les aspérités et limite la formation de flaques. On peut comparer cela à la différence entre une vitre et une route granuleuse : sur la première, l’eau file très vite ; sur la seconde, elle a tendance à s’accrocher, d’où la nécessité d’une déclivité un peu plus marquée.
Ajustement du coefficient de ruissellement selon la surface de terrasse
Plus la surface de terrasse en béton est importante, plus le volume d’eau à évacuer en cas d’averse sera élevé. Le coefficient de ruissellement, évoqué avec la norme NF P84‑204, traduit ce phénomène : une grande dalle en béton lisse de 80 m² présente un coefficient de 0,9, ce qui signifie que la quasi‑totalité de la pluie tombera en écoulement de surface. Dans ce cas, la pente et les dispositifs de collecte doivent être dimensionnés avec plus de rigueur que pour une petite cour de 15 m².
En pratique, sur des terrasses supérieures à 40 ou 50 m², on privilégiera soit une pente légèrement supérieure (vers 2%), soit des pentes multidirectionnelles avec un ou plusieurs points bas (avaloires, caniveaux centraux) afin d’éviter de longues nappes d’eau stagnante en partie médiane. Pour les auto‑constructeurs, un bon réflexe consiste à réaliser un petit schéma de ruissellement : où l’eau arrive‑t‑elle, où doit‑elle repartir, et par quel chemin ? Cette approche, comparable à la conception d’un réseau routier, permet de répartir les « flux » d’eau sans surcharger un seul caniveau ou une seule descente.
Impact de la longueur d’écoulement sur le gradient d’évacuation
La longueur d’écoulement, c’est‑à‑dire la distance que l’eau doit parcourir sur la dalle avant d’atteindre un point de collecte, joue un rôle clé dans le choix de la pente. Sur une petite terrasse de 3 m de profondeur, une pente de 1,5% suffit généralement à évacuer l’eau sans stagnation visible. En revanche, sur une terrasse de 8 à 10 m de profondeur avec un seul point bas en extrémité, la même pente peut s’avérer insuffisante, surtout si la dalle présente des tolérances de planéité ou des légers creux.
On peut comparer cela à une route très longue avec une déclivité minime : sur quelques mètres, la différence ne se voit pas, mais sur des dizaines de mètres, la moindre irrégularité peut créer des cuvettes. Pour des longueurs d’écoulement supérieures à 5 ou 6 m, il est souvent pertinent d’augmenter légèrement la pente (vers 2%) ou de créer des ruptures de pente intermédiaires, avec des joints de fractionnement qui servent également de lignes de collectes partielles. Cette stratégie réduit le chemin que l’eau doit parcourir et limite les risques de stagnation en milieu de terrasse.
Techniques de coffrage et mise en œuvre de la pente dès le coulage
Une fois la pente théorique déterminée, reste à la matérialiser dans le béton frais. C’est là que la qualité du coffrage, le positionnement des repères de niveau et le choix des outils de tirage font toute la différence. Une pente mal réalisée au coulage sera toujours plus difficile à corriger a posteriori. Il est donc crucial de soigner cette étape, même pour une petite terrasse en béton, comme on soignerait la fondation d’un mur porteur.
Utilisation de règles vibrantes et laser rotatif pour un nivellement précis
Pour garantir une pente régulière, l’utilisation d’un niveau laser rotatif couplé à des règles de tirage est aujourd’hui quasi incontournable sur les chantiers professionnels. Le laser permet de matérialiser un plan de référence horizontal depuis lequel on reporte la dénivelée souhaitée sur les coffrages et les piges. Vous obtenez ainsi une série de points de contrôle alignés, à la manière d’un quadrillage, qui guide la mise en place du béton.
La règle vibrante, quant à elle, assure un tirage simultané et homogène du béton tout en le compactant légèrement. En suivant les coffrages inclinés, elle reproduit fidèlement la pente voulue, sans creux ni bosses. Pour les petites surfaces ou les chantiers d’autoconstruction, une simple règle aluminium et un bon assistant peuvent suffire, mais il reste essentiel de multiplier les contrôles au niveau à bulle. Pensez à contrôler à la fois dans le sens de la pente et perpendiculairement, pour éviter de créer involontairement une contre‑pente locale.
Pose de cales et repères de niveau pour matérialiser la déclivité
Avant le coulage, la pose de cales ou de piges de niveau est une méthode simple et efficace pour « dessiner » la pente dans l’espace. On fixe des tasseaux ou des repères gradués sur les coffrages latéraux, puis on reporte la hauteur correspondante à chaque mètre ou tous les 50 cm, en fonction de la précision recherchée. Ces repères servent ensuite de guide visuel pendant le tirage.
On peut également utiliser des plots de mortier ou de béton maigre, préalablement positionnés aux bonnes hauteurs, qui serviront de points de calage pour la règle de tirage. Cette technique, souvent utilisée pour les chapes, est tout à fait transposable à une dalle de terrasse. Imaginez une série de petites bornes jalonnant votre terrasse future : en tirant la règle d’une borne à l’autre, vous suivez naturellement la pente prévue, sans laisser la gravité décider à votre place.
Application de la méthode des joints de fractionnement pour grandes surfaces
Sur les terrasses en béton de grande superficie, les joints de fractionnement ne servent pas uniquement à maîtriser la fissuration ; ils participent aussi à la gestion des pentes et des écoulements. En divisant la dalle en « plaques » de 20 à 30 m², on peut créer de légères variations de pente d’une zone à l’autre, tout en conservant une homogénéité visuelle. Chaque panneau peut ainsi drainer vers un caniveau ou un avaloir spécifique.
Ces joints, réalisés au sciage ou par profilés incorporés, doivent être prévus dès la conception. Ils permettent de limiter la longueur d’écoulement intérieure à chaque panneau, ce qui réduit le risque de cuvettes ou de flaches. Pour une terrasse béton décoratif (imprimé ou désactivé), ces joints peuvent être intégrés au dessin (pavages, faux joints) de manière à rester discrets tout en assurant leur fonction technique. Là encore, l’analogie avec un réseau de petites routes drainant vers une grande avenue centrale illustre bien la logique de ces fractionnements.
Systèmes de drainage périphérique et évacuation des eaux pluviales
Une pente bien conçue ne suffit pas si l’eau n’a nulle part où aller. Les systèmes de drainage périphérique jouent un rôle clé dans l’évacuation des eaux pluviales depuis la terrasse en béton vers le réseau d’eaux pluviales ou les dispositifs d’infiltration. Caniveaux, regards, barbacanes ou grilles à fente doivent être choisis et dimensionnés en cohérence avec la surface drainée et l’intensité des pluies de projet.
Installation de caniveaux ACO ou nicoll en bordure de terrasse
Les caniveaux linéaires de marques spécialisées comme ACO ou Nicoll constituent une solution éprouvée pour collecter l’eau le long d’une façade ou en rupture de pente. Ils se présentent sous forme de modules en béton polymère ou en PVC, coiffés d’une grille en acier galvanisé, inox ou fonte, classés selon la norme EN 1433 (classes A15 à C250, etc.). Pour une terrasse résidentielle, une classe A15 est en général suffisante.
La mise en œuvre impose de positionner le caniveau légèrement en contrebas du niveau fini de la dalle (2 à 3 mm) pour favoriser l’écoulement. La pente de la terrasse en béton doit être orientée clairement vers ce linéaire de collecte, et le caniveau doit lui‑même présenter une pente longitudinale minimale (souvent 0,5 à 1%) vers un ou plusieurs points de sortie. Vous veillerez également à respecter un joint souple ou un profil de désolidarisation entre le caniveau et la dalle, afin d’absorber les dilatations sans fissuration.
Dimensionnement des regards de collecte et raccordement au réseau EP
Les regards de collecte, qu’ils soient en béton, en polymère ou en PVC, constituent les « nœuds » du réseau d’évacuation. Ils reçoivent les eaux provenant des caniveaux ou des avaloirs ponctuels, puis les orientent vers la canalisation d’eaux pluviales ou vers un dispositif d’infiltration. Leur dimensionnement dépend du débit à évacuer, lui‑même lié à la surface de la terrasse, à la pente et au coefficient de ruissellement du béton.
À titre indicatif, un regard de 30 × 30 cm raccordé à un tuyau de DN 100 convient pour des surfaces de terrasse jusqu’à environ 50 m², sous climat tempéré. Au‑delà, ou en climat très pluvieux, il peut être judicieux de multiplier les points de collecte plutôt que de concentrer tous les écoulements en un seul endroit. Pensez également à prévoir une grille ou un panier siphoïde pour retenir les feuilles et débris, afin d’éviter l’obstruction des canalisations. Un accès facile pour l’entretien est un gage de durabilité du système.
Choix entre grilles avaloirs et systèmes de drainage linéaire à fente
Outre les caniveaux classiques, il existe des systèmes de drainage linéaire à fente, particulièrement adaptés aux terrasses béton contemporaines où l’esthétique épurée est recherchée. Ces dispositifs, souvent en inox ou en aluminium, se présentent sous la forme d’une simple fente de quelques millimètres affleurant le sol, sous laquelle se trouve un conduit de collecte. Ils offrent un design discret tout en assurant une bonne capacité d’évacuation si leur dimensionnement est correct.
Les grilles avaloirs ponctuelles, quant à elles, sont utiles pour traiter des points bas localisés, par exemple au pied d’un escalier ou au centre d’une grande dalle. Le choix entre solution linéaire et solutions ponctuelles dépendra de la géométrie de la terrasse et du sens de la pente. Dans tous les cas, il est essentiel de veiller à ce que la terrasse en béton soit précisément inclinée vers ces points de captage, sans créer de « nuages » d’eau qui resteraient en périphérie.
Mise en place de barbacanes et dispositifs anti-remontée d’humidité
Lorsque la terrasse en béton est adossée à un mur de soutènement ou à une façade enterrée, des dispositifs spécifiques comme les barbacanes deviennent indispensables. Ces ouvertures pratiquées dans le mur permettent d’évacuer les eaux qui s’accumulent en arrière du parement et évitent ainsi les poussées hydrostatiques destructrices. La pente de la terrasse doit alors être pensée en cohérence avec la position de ces exutoires.
Par ailleurs, pour protéger les pieds de murs et les façades des remontées capillaires, on veillera à respecter un « recul » entre la dalle et le mur, souvent complété par un caniveau drainant ou un lit de graviers. C’est un peu comme créer un fossé ventilé entre la terrasse et la maison : l’eau y est captée et évacuée, sans pouvoir remonter dans la maçonnerie. Ce détail de conception, trop souvent négligé, conditionne pourtant la durabilité de l’ensemble terrasse + bâti.
Correction des erreurs de pente sur terrasses existantes
Que faire lorsque la terrasse en béton est déjà coulée et que l’on constate, à l’usage, des zones de stagnation ou une contre‑pente vers la maison ? Il existe plusieurs solutions de correction, plus ou moins invasives, qui permettent de rectifier une pente insuffisante sans forcément démolir la dalle existante. Le choix de la technique dépendra de l’ampleur du défaut, de la hauteur disponible et du futur revêtement (carrelage, dalles sur plots, résine).
Application de mortier de ragréage autonivelant fibré pour rectification
Pour des défauts de pente modérés (quelques millimètres à 2 cm), l’application d’un mortier de ragréage extérieur, éventuellement fibré, constitue une solution simple et efficace. Contrairement à ce que laisse penser le terme « autonivelant », ces produits peuvent être utilisés pour créer une légère pente en jouant sur l’épaisseur déposée. Il suffit de définir clairement le point haut et le point bas, puis de régler des guides de tirage en conséquence.
Avant toute application, la dalle en béton doit être soigneusement préparée : nettoyage haute pression, élimination des laitances, application d’un primaire d’accrochage adapté. Le mortier est ensuite coulé et tiré à la règle suivant les repères de pente définis. Cette technique est particulièrement pertinente lorsqu’on prévoit de poser ensuite un carrelage collé ou un revêtement mince. Elle permet de corriger les flaches sans augmenter de manière excessive la hauteur totale de la terrasse.
Technique de surfaçage par résine époxy à pente intégrée
Dans certains cas, notamment pour des terrasses béton utilisées comme toitures‑terrasses accessibles, on peut recourir à des systèmes de résine époxy ou polyuréthane pour corriger la pente et assurer simultanément l’étanchéité. Ces résines, appliquées en plusieurs passes, peuvent être chargées avec des charges minérales pour créer une forme de pente de quelques millimètres à 1 ou 2 cm.
La mise en œuvre exige une préparation très rigoureuse du support et le respect des conditions climatiques (température, hygrométrie). L’avantage de cette solution est double : elle permet de rattraper une pente défectueuse tout en offrant une membrane continue, sans joints, parfaitement adaptée aux zones où l’eau peut rester présente ponctuellement. On pourrait comparer ce procédé à la pose d’une « coque » étanche et inclinée au‑dessus du béton existant, qui prend immédiatement en charge le ruissellement.
Solutions de dalles sur plots réglables buzon ou jouplast
Lorsque la hauteur disponible le permet (généralement à partir de 5 à 6 cm), la mise en place de dalles sur plots réglables (Buzon, Jouplast, etc.) offre une solution très souple pour corriger une pente insuffisante ou irrégulière. Les plots, réglables en hauteur millimètre par millimètre, permettent de créer une surface de terrasse parfaitement horizontale à l’usage, tout en laissant une lame d’air sous les dalles où l’eau peut s’écouler librement selon la pente originelle ou une nouvelle pente créée dans la sous‑structure.
Cette technique est particulièrement intéressante en rénovation, sur des dalles béton anciennes présentant des flaques ponctuelles. Plutôt que de rectifier toute la surface, on exploite la modularité des plots pour « passer au‑dessus » des défauts. De plus, l’espace sous les dalles facilite le passage de réseaux (électricité, arrosage) et améliore le séchage de la structure. Il faudra toutefois veiller à ce que le point de départ des plots (généralement en partie haute, côté façade) respecte les seuils réglementaires et les exigences d’étanchéité des menuiseries.
Pathologies liées aux défauts de pente et problèmes de stagnation
Une terrasse en béton mal inclinée ne pose pas seulement un problème esthétique. À moyen et long terme, les stagnations d’eau répétées peuvent générer un ensemble de pathologies affectant à la fois le revêtement, la dalle et parfois même la structure porteuse. Comprendre ces désordres permet de mieux mesurer l’importance d’une pente correcte dès la conception ou la rénovation.
Formation de flaques et risques de gel-dégel sur dalle mal drainée
Les flaques persistantes sur une terrasse en béton sont le premier signe visible d’une pente insuffisante ou mal conçue. Au‑delà de la gêne d’usage (zones constamment humides, glissantes), ces accumulations d’eau exposent la dalle au phénomène de gel‑dégel. Lorsque l’eau infiltrée dans les micro‑porosités du béton gèle, son volume augmente d’environ 9%, exerçant une pression interne qui peut provoquer éclats, micro‑fissures et désagrégation de la surface.
Au fil des hivers, la surface de la terrasse devient ainsi plus rugueuse, plus friable, favorisant encore davantage la rétention d’eau. C’est un cercle vicieux : plus l’eau stagne, plus le béton se dégrade, et plus il se dégrade, plus l’eau stagne. Une pente suffisante, combinée à un bon drainage périphérique, permet d’évacuer rapidement l’eau avant qu’elle n’ait le temps de pénétrer en profondeur et de subir ces cycles destructeurs.
Développement d’efflorescences et carbonatation accélérée du béton
Les zones de stagnation d’eau favorisent aussi l’apparition d’efflorescences, ces dépôts blanchâtres en surface liés à la migration des sels dissous dans l’eau à travers le béton. Si leur impact est d’abord esthétique, elles traduisent une circulation d’humidité à l’intérieur du matériau qui peut, à terme, accélérer certains processus de vieillissement, comme la carbonatation.
La carbonatation correspond à la réaction du dioxyde de carbone de l’air avec l’hydroxyde de calcium du béton, abaissant progressivement le pH et réduisant la protection naturelle des armatures contre la corrosion. En présence d’une humidité quasi permanente, ce phénomène s’accélère. Une terrasse en béton fréquemment mouillée en surface, faute de pente suffisante, voit donc sa durabilité structurelle potentiellement réduite, surtout si les enrobages des aciers sont faibles.
Infiltrations par remontée capillaire et désordres structurels
Enfin, les défauts de pente peuvent favoriser les infiltrations d’eau vers des zones sensibles : pieds de mur, joints de dilatation, interfaces dalle‑structure porteuse. L’eau peut s’y accumuler puis remonter par capillarité dans les maçonneries adjacentes, générant des auréoles d’humidité, des décollements d’enduits ou des moisissures intérieures. Dans le cas d’une terrasse en béton sur dalle portée, des infiltrations répétées au niveau des appuis peuvent également fragiliser les éléments porteurs (poutres, murs), surtout si des armatures sont exposées et corrodées.
Dans les cas extrêmes, observés notamment sur certaines toitures‑terrasses accessibles, la combinaison d’une pente insuffisante, d’une étanchéité défectueuse et d’une absence de drainage peut conduire à des désordres structurels majeurs : flèches anormales, fissurations, voire risques d’affaissement localisé. On comprend alors qu’une « simple » pente de 1,5 ou 2% n’est pas un détail, mais bien un élément fondamental de la pérennité de l’ouvrage. Prendre le temps de la concevoir et de la réaliser correctement, c’est éviter de lourds travaux de reprise quelques années plus tard.