
Le plancher à poutrelles et hourdis représente aujourd’hui l’une des solutions les plus répandues dans la construction de bâtiments résidentiels et collectifs. Sa popularité s’explique par son excellent rapport qualité-prix, sa facilité de mise en œuvre et sa capacité à s’adapter à diverses configurations architecturales. Pourtant, le choix de l’épaisseur constitue une décision technique cruciale qui conditionne non seulement la résistance mécanique de la structure, mais également ses performances thermiques et acoustiques. Une épaisseur inadaptée peut compromettre la sécurité de l’ouvrage, générer des surcoûts importants ou entraîner des défauts d’isolation incompatibles avec les normes en vigueur. Comprendre les paramètres qui déterminent l’épaisseur optimale d’un plancher hourdis permet d’éviter ces écueils et de garantir un résultat conforme aux attentes techniques et réglementaires.
Les dimensions réglementaires des planchers à hourdis selon le DTU 23.5
Le Document Technique Unifié 23.5, révisé en 2019, établit le cadre réglementaire précis pour la conception et la réalisation des planchers à poutrelles et entrevous. Ce référentiel constitue la base incontournable pour tout professionnel intervenant sur ce type d’ouvrage. Il définit avec rigueur les dimensions minimales à respecter pour garantir la sécurité structurelle et la durabilité des planchers. Le respect de ces prescriptions n’est pas optionnel : il engage la responsabilité du maître d’œuvre et conditionne la validité des assurances décennales.
Épaisseur minimale de la dalle de compression en béton armé
La dalle de compression, également appelée table de compression ou dalle de répartition, joue un rôle fondamental dans le fonctionnement mécanique du plancher. Elle assure la répartition des charges sur l’ensemble de la surface et améliore considérablement la résistance à la flexion de l’ensemble. Selon le DTU 23.5, son épaisseur nominale doit respecter des seuils précis : 4 centimètres minimum sur des entrevous résistants, et 5 centimètres pour des entrevous simples ou de coffrage. Ces valeurs peuvent sembler modestes, mais elles résultent de calculs approfondis prenant en compte les propriétés mécaniques des matériaux et les modes de sollicitation typiques des planchers d’habitation. Dans certaines configurations particulières, notamment lorsque des charges concentrées importantes sont prévues ou que des réservations importantes traversent le plancher, il peut s’avérer nécessaire d’augmenter cette épaisseur à 6 ou même 7 centimètres pour maintenir un niveau de sécurité adéquat.
Hauteur totale du plancher selon l’entraxe des poutrelles
L’entraxe entre poutrelles, généralement fixé à 60 centimètres pour optimiser la mise en œuvre et la disponibilité des hourdis standards, influence directement la hauteur totale du plancher. Cette dimension ne doit jamais excéder 75 centimètres, sauf dans des cas particuliers validés par une étude spécifique. La hauteur totale du plancher se compose de la hauteur des poutrelles, de celle des entrevous et de l’épaisseur de la dalle de compression. Pour une portée standard de 5 mètres, les configurations les plus courantes présentent des hauteurs totales de 16+4, 20+4 ou 20+5 centimètres. Cette hauteur totale impacte directement le poids propre de l’ouvrage, les hauteurs d’étage et, par con
treséquence les contraintes sur les murs porteurs. C’est pourquoi le DTU 23.5 impose une cohérence entre hauteur de plancher, entraxe des poutrelles et portée. Plus la portée augmente, plus la hauteur des nervures (poutrelle + hourdis) doit être importante pour limiter les déformations et respecter les critères de flèche admissible. En pratique, pour des portées de 4 à 5 m, un plancher de type 16+4 est souvent suffisant, tandis qu’au-delà de 5,5 m, on s’oriente plutôt vers des configurations 20+5, voire 25+5 cm selon la nature des charges et des appuis.
Normes NF EN 1168 pour les corps creux en béton et polystyrène
En complément du DTU 23.5, la norme NF EN 1168 encadre la fabrication industrielle des éléments de plancher à corps creux en béton préfabriqué. Même si elle vise à l’origine les prédalles alvéolaires, elle sert aussi de référence pour les exigences de qualité, de résistance et de durabilité mises à la charge des fabricants d’entrevous en béton. Pour les hourdis en polystyrène expansé ou en plastique recyclé, des normes spécifiques de réaction au feu, de stabilité dimensionnelle et de comportement sous charge complètent ce cadre, notamment pour les systèmes bénéficiant d’Avis Techniques ou de Document Technique d’Application (DTA).
Concrètement, cela signifie que les épaisseurs de hourdis proposées sur le marché (16, 20, 25 cm, etc.) ne sont pas le fruit du hasard. Elles correspondent à des familles de produits testés en laboratoire pour vérifier leur résistance mécanique, leur compatibilité avec différents types de poutrelles et leur tenue au feu. Pour un maître d’ouvrage ou un particulier, s’appuyer sur des systèmes complets certifiés, plutôt que de composer un plancher “à la carte”, permet de sécuriser le projet et d’obtenir un dimensionnement fiable sans avoir à entrer dans le détail de tous ces référentiels.
Conformité aux exigences eurocodes 2 pour les structures horizontales
Les Eurocodes, et en particulier l’Eurocode 2 (NF EN 1992-1-1), sont aujourd’hui la référence pour le calcul des structures en béton armé. Même si, sur un chantier de maison individuelle, vous ne manipulez pas vous-même les formules, le bureau d’études structure et les industriels de poutrelles-hourdis utilisent ces textes pour vérifier que l’épaisseur choisie du plancher hourdis répond à toutes les situations de charge. L’Eurocode 2 impose notamment des vérifications de résistance en flexion, en cisaillement, au poinçonnement, mais aussi des limites de fissuration et de déformation à long terme (fluage).
En pratique, ces exigences se traduisent par des épaisseurs minimales de plancher hourdis plus élevées dès que les portées augmentent ou que les charges d’exploitation sont importantes (locaux techniques, parkings, ERP, etc.). Un plancher 12+4 pourra convenir pour un petit local léger, là où un plancher 20+5 ou 25+5 sera exigé pour une portée de 7 m dans un immeuble collectif. Respecter les Eurocodes, c’est un peu comme suivre un “code de la route” structurel : cela encadre les marges de sécurité et garantit que la structure gardera un comportement satisfaisant pendant toute sa durée de vie, malgré le temps, les variations de température et les usages parfois plus intensifs que prévu.
Calcul de l’épaisseur en fonction de la portée et des charges d’exploitation
Méthode de dimensionnement pour les portées de 4 à 8 mètres
Le dimensionnement d’un plancher à hourdis en fonction de la portée et des charges ne se résume pas à choisir “un peu plus épais pour être tranquille”. Il suit une logique précise, inspirée de l’Eurocode 2, qui prend en compte à la fois la résistance et la rigidité. Pour des portées courantes de 4 à 8 m, la démarche consiste à déterminer le schéma statique (poutrelles simplement appuyées, continues, présence ou non de murs de refend), puis à appliquer les charges permanentes (poids propre du plancher + revêtements) et les surcharges d’exploitation selon la destination des locaux.
Les fabricants de systèmes poutrelles-hourdis proposent généralement des abaques de portée qui simplifient cette étape. Pour une surcharge donnée (par exemple 150 kg/m² pour un logement), il suffit de repérer la portée à franchir pour connaître la hauteur minimale de plancher et le type de poutrelle à utiliser. On constate ainsi qu’entre 4 et 5 m, un plancher 16+4 est souvent suffisant, alors que de 6 à 7 m, on passe plutôt en 20+5, voire 25+5. Dès qu’un projet se situe en dehors des cas courants (charges lourdes, cloisonnements importants, toiture-terrasse accessible), une étude de structure personnalisée s’impose pour valider l’épaisseur optimale.
Charges permanentes et surcharges d’exploitation selon destination des locaux
Les charges à prendre en compte pour le calcul de l’épaisseur d’un plancher hourdis se divisent en deux grandes familles : les charges permanentes et les surcharges d’exploitation. Les premières regroupent le poids propre du plancher (poutrelles, hourdis, dalle de compression), la chape, les revêtements, les cloisons lourdes, voire l’isolation et les plafonds suspendus. Elles ne varient pas dans le temps, ou très peu. Les secondes correspondent à l’usage du local : mobilier, occupants, éventuelles machines, stockage ponctuel. Pour un logement, les règles de calcul retiennent en général une surcharge de 150 à 200 kg/m², alors que pour des bureaux ou des commerces, on peut monter à 250, 300 kg/m² voire plus.
Pourquoi cela influe-t-il sur l’épaisseur du plancher hourdis ? Parce qu’un plancher qui supporte uniquement un parquet léger et quelques meubles n’a pas besoin de la même robustesse qu’un plancher qui doit accueillir des rayonnages chargés ou des équipements techniques. Plus les charges augmentent, plus la section résistante des nervures doit être importante, ce qui conduit à choisir des hourdis plus hauts et/ou une dalle de compression plus épaisse. Un exemple simple : un plancher bas sur vide sanitaire sous une maison individuelle pourra se contenter d’un système 16+4, là où un plancher de parking ou de local commercial franchissant la même portée nécessitera souvent une configuration 20+5 ou 25+5, voire une solution de dalle pleine.
Rapport flèche/portée et calcul de la déformation admissible
Au-delà de la résistance pure, un plancher doit aussi rester suffisamment rigide pour ne pas se déformer excessivement. C’est ce que les ingénieurs appellent la flèche, c’est-à-dire la fléchissure maximale au milieu de la portée sous l’effet des charges. Les Eurocodes imposent des limites de flèche, souvent de l’ordre de L/300 à L/500 (L étant la portée en millimètres). Pour un plancher de 6 m, par exemple, une flèche maximale admissible de L/300 correspond à 20 mm. En deçà, la déformation reste généralement imperceptible pour les occupants ; au-delà, on commence à ressentir une certaine souplesse désagréable, voire à risquer des fissurations dans les cloisons et les revêtements.
Pour maîtriser ce rapport flèche/portée, l’épaisseur de la “nervure” de plancher (poutrelle + hourdis + dalle de compression) joue un rôle majeur. Comme pour une règle que l’on fait fléchir entre deux appuis, plus elle est épaisse, plus elle oppose de résistance à la flexion. Lorsque le calcul montre que la flèche risque d’être trop importante, le bureau d’études peut décider d’augmenter la hauteur des hourdis (passer de 16 à 20 ou 25 cm), d’épaissir la dalle de compression, voire de renforcer le ferraillage. Cette vérification de flèche est particulièrement cruciale pour les planchers d’étage dans les logements, où le confort vibratoire et la stabilité des cloisons intérieures sont essentiels.
Tables de pré-dimensionnement pour hourdis de 16, 20 et 25 cm
Pour vous donner un ordre de grandeur, sans prétendre se substituer à une étude de structure, il est possible de s’appuyer sur des tables de pré-dimensionnement usuelles, largement utilisées en maison individuelle. Pour une surcharge d’exploitation typique de logement (150 kg/m²) et des cloisons légères, on retrouve souvent les fourchettes suivantes :
| Configuration de plancher hourdis | Portée indicative courante | Usage typique |
|---|---|---|
| Hourdis 16 cm + dalle 4 cm (16+4) | 4,0 à 5,0 m | Plancher bas sur vide sanitaire, plancher d’étage léger |
| Hourdis 20 cm + dalle 4 à 5 cm (20+4 / 20+5) | 5,0 à 6,5 m | Planchers d’étage de maisons et petits collectifs |
| Hourdis 25 cm + dalle 5 cm (25+5) | 6,5 à 8,0 m | Portées importantes, charges plus élevées, locaux techniques |
Ces valeurs restent indicatives et dépendent en réalité de nombreux paramètres : type de poutrelle (béton armé ou précontraint), nature des appuis, présence de murs de refend, type de revêtement final, etc. Elles permettent toutefois de comprendre pourquoi un plancher hourdis “standard” en maison individuelle se situe très souvent dans la plage 16+4 ou 20+5 cm. Dès que l’on cherche à franchir plus de 7 m ou à supporter des charges atypiques, une étude de structure devient indispensable pour valider précisément l’épaisseur et éviter les surdimensionnements coûteux ou, à l’inverse, les faiblesses structurelles.
Types de hourdis et leurs épaisseurs standards disponibles
Hourdis en béton : gammes 12+4, 16+4 et 20+5 cm
Les hourdis en béton restent une valeur sûre pour la réalisation de planchers hourdis, notamment lorsque la priorité est donnée à la robustesse et à la durabilité. On les trouve généralement en plusieurs hauteurs standards : 12, 16, 20 voire 25 cm, associés à des dalles de compression de 4 à 5 cm. Les configurations les plus fréquentes dans le résidentiel sont les systèmes 12+4, 16+4 et 20+5. Le montage 12+4 se prête bien aux petites portées ou aux zones de reprise locales, tandis que le 16+4 couvre une large part des besoins en maison individuelle. Le 20+5 s’impose dès que les portées s’allongent ou que les charges deviennent plus importantes.
Les hourdis béton présentent plusieurs avantages : une excellente inertie thermique, une bonne isolation acoustique aux bruits aériens et une résistance élevée au feu. Leur masse contribue à limiter les vibrations et à offrir un confort solide, apprécié dans les logements comme dans les bâtiments tertiaires. En contrepartie, leur poids propre plus élevé impose parfois un étaiement plus conséquent lors du coulage et des moyens de manutention adaptés sur le chantier. Il faut donc arbitrer entre performance, facilité de pose et contraintes logistiques avant de retenir une épaisseur précise de hourdis béton.
Hourdis en polystyrène expansé : épaisseurs de 16 à 30 cm
Les hourdis en polystyrène expansé (PSE) se sont fortement développés ces dernières années, notamment pour répondre aux enjeux de performance thermique imposés par la RE2020. Leur principal atout est d’intégrer une isolation thermique efficace directement dans l’épaisseur du plancher, ce qui permet de limiter les déperditions par le plancher bas, le plancher haut de sous-sol ou le toit-terrasse. On les trouve généralement dans des épaisseurs de 16 à 30 cm, souvent associées à une dalle de compression de 4 ou 5 cm. Plus l’épaisseur du hourdis PSE augmente, plus la résistance thermique R s’améliore, au prix toutefois d’une hauteur de plancher plus importante.
Les systèmes industriels combinent souvent hourdis polystyrène, poutrelles précontraintes et rupteurs de ponts thermiques pour traiter efficacement les abouts de plancher et les liaisons avec les murs. Cette approche globale permet d’atteindre des coefficients de transmission thermique U très faibles, tout en respectant les exigences de sécurité incendie grâce à des formulations spécifiques (PSE M1 ou M4, parements béton, rehausses coffrantes, etc.). Si vous cherchez à maximiser l’isolation d’un plancher sur vide sanitaire ou d’un toit-terrasse, opter pour un hourdis PSE de 20 à 25 cm, complété par une dalle de compression de 5 cm, constitue souvent un excellent compromis entre épaisseur, performance énergétique et coût global.
Hourdis en terre cuite : dimensions modulaires de 15 à 25 cm
Les hourdis en terre cuite, parfois appelés hourdis “brique”, offrent un compromis intéressant entre performance acoustique, inertie thermique et facilité de mise en œuvre. Fabriqués à partir d’argile cuite, ils présentent une structure alvéolaire qui allège le plancher tout en conservant une bonne capacité portante. Leurs hauteurs standards se situent généralement entre 15 et 25 cm, avec des modules adaptés à un entraxe courant de 60 cm. Un montage typique associera par exemple un hourdis de 16 ou 20 cm de haut à une dalle de compression de 4 à 5 cm, pour constituer un plancher total de 20 à 25 cm.
Outre leur comportement mécanique éprouvé, les hourdis terre cuite se distinguent par une très bonne isolation acoustique aux bruits aériens, appréciée pour les planchers séparatifs d’appartements. Leur masse et leur porosité contribuent également à réguler les variations de température intérieure, ce qui peut améliorer le confort d’été comme d’hiver. Sur le plan pratique, ils se manipulent sans outillage spécifique et s’intègrent dans les systèmes à poutrelles béton armé ou précontraint classiques. La contrepartie, par rapport à un hourdis polystyrène, est une performance thermique brute moindre : on complétera donc souvent le plancher par une isolation complémentaire en sous-face ou en partie supérieure.
Optimisation thermique et acoustique selon l’épaisseur choisie
Coefficient de transmission thermique U et résistance R selon épaisseur du hourdis
L’épaisseur d’un plancher hourdis ne se choisit pas seulement pour sa résistance mécanique : elle conditionne aussi directement ses performances thermiques. Pour un plancher, deux indicateurs principaux sont utilisés : le coefficient de transmission thermique U (exprimé en W/m².K) et la résistance thermique R (m².K/W). Plus R est élevé, plus le plancher est isolant, et plus U est faible, moins il laisse s’échapper de chaleur. L’épaisseur du hourdis, surtout lorsqu’il est en polystyrène expansé ou associé à des rupteurs, contribue fortement à augmenter R sans multiplier les couches d’isolants rapportés.
À titre indicatif, un plancher hourdis béton ou terre cuite sans isolant complémentaire présente souvent un R compris entre 0,3 et 0,6 m².K/W, ce qui reste insuffisant pour les exigences actuelles de la RE2020 sur un plancher bas. En revanche, un plancher à hourdis PSE de 20 à 25 cm, complété par une dalle de compression de 5 cm et des rupteurs périphériques, peut atteindre des résistances thermiques de 3 à 5 m².K/W, voire davantage selon les systèmes. La différence d’épaisseur entre un hourdis de 16 et de 25 cm se traduit alors par un gain significatif sur le besoin bioclimatique (Bbio) du bâtiment, sans forcément alourdir les travaux de finition.
Performance acoustique rw pour planchers séparatifs d’habitation
Sur le plan acoustique, l’épaisseur du plancher hourdis joue également un rôle déterminant, en particulier pour les planchers séparatifs entre logements superposés. La performance se mesure à travers l’indice d’affaiblissement acoustique Rw (en dB) pour les bruits aériens, et les niveaux de bruits de choc normalisés (Ln,w) pour les bruits d’impact. Plus le plancher est lourd et épais, plus il est capable de freiner la propagation des sons. C’est l’une des raisons pour lesquelles les hourdis béton ou terre cuite, associés à une dalle de compression de 5 cm et à une chape flottante, offrent en général de très bons résultats en planchers séparatifs.
Dans la pratique, on vise souvent des Rw supérieurs à 53–55 dB pour les logements collectifs, afin de respecter la réglementation acoustique française. Un plancher de type 20+5 ou 25+5, complété par un revêtement de sol adapté et une sous-couche acoustique, permet d’atteindre ces valeurs tout en garantissant un confort d’usage satisfaisant. À l’inverse, un plancher trop mince ou insuffisamment lourd risque de transmettre plus facilement les bruits (musique, voix, chocs) vers le niveau inférieur. Si l’on opte pour des hourdis légers (polystyrène ou plastique), il est alors impératif de compenser cette légèreté par une chape acoustique renforcée ou des solutions de plafond suspendu désolidarisé.
Conformité RE2020 et choix d’épaisseur isolante adaptée
La réglementation environnementale RE2020 impose désormais des exigences élevées en matière de performance thermique globale et de réduction des consommations énergétiques. Dans ce contexte, le plancher hourdis ne doit plus être le “maillon faible” de l’enveloppe du bâtiment. Choisir l’épaisseur adéquate, en particulier pour les planchers bas sur vide sanitaire ou haut de sous-sol, devient un levier majeur pour améliorer le bilan énergétique sans surcoût excessif. Les industriels proposent ainsi des systèmes complets intégrant hourdis isolants, rupteurs de ponts thermiques, planelles isolantes et accessoires, dimensionnés pour atteindre des valeurs d’Up (coefficient surfacique du plancher) très faibles.
Concrètement, opter pour un hourdis isolant de 20 à 25 cm plutôt qu’un modèle de 16 cm peut permettre de gagner plusieurs dixièmes de W/m².K sur le coefficient U du plancher. Sur l’ensemble de la surface d’une maison, ce gain devient significatif et facilite l’atteinte des objectifs de Bbio sans surdimensionner l’isolation des murs ou de la toiture. La hauteur supplémentaire induite par un hourdis plus épais doit toutefois être anticipée dans la conception des niveaux (réservations, seuils, escaliers). Vous vous demandez quelle épaisseur viser pour votre projet RE2020 ? Dans la majorité des cas, une solution autour de 20+5 ou 25+5 cm avec hourdis isolant et rupteurs périphériques se révèle un excellent compromis entre performance énergétique, coût et simplicité de mise en œuvre.
Mise en œuvre et contraintes techniques liées à l’épaisseur
Hauteur sous plafond et répercussion sur la hauteur d’étage
Augmenter l’épaisseur d’un plancher hourdis n’est pas neutre sur la conception architecturale : cela impacte directement la hauteur sous plafond et, par ricochet, la hauteur d’étage totale. Sur un projet de maison individuelle, où l’on vise en général une hauteur sous plafond de 2,50 m à 2,70 m, chaque centimètre supplémentaire de plancher peut obliger à rehausser les murs, les menuiseries, voire le volume global du bâtiment. À l’inverse, descendre trop bas en épaisseur pour “gagner de la hauteur” peut se traduire par un plancher plus souple, moins isolant et délicat à mettre en conformité avec les règles de confort et de sécurité.
Il est donc essentiel de trouver un équilibre entre performance structurelle et contraintes architecturales. En phase de conception, architecte et bureau d’études structure doivent travailler de concert pour déterminer l’épaisseur optimale de chaque plancher en fonction des niveaux qu’il sépare. Par exemple, un plancher bas sur vide sanitaire pourra être plus épais (20+5 ou 25+5) sans incidence sur la hauteur habitable, alors qu’un plancher intermédiaire entre rez-de-chaussée et étage devra souvent être optimisé pour préserver une hauteur sous plafond généreuse. Là encore, les systèmes industrialisés proposent des solutions adaptées à chaque configuration, afin de limiter les ajustements tardifs sur chantier.
Poids propre du plancher et dimensionnement des appuis porteurs
Plus un plancher hourdis est épais, plus son poids propre augmente. Cette évidence a des conséquences importantes sur le dimensionnement des éléments porteurs : fondations, murs porteurs, poteaux et poutres. Un plancher 25+5 en hourdis béton pèsera sensiblement plus lourd qu’un plancher 16+4 en hourdis polystyrène, ce qui peut imposer des semelles filantes plus larges, des ferraillages renforcés ou des murs de refend supplémentaires. À l’inverse, un plancher allégé, judicieusement dimensionné, permet parfois de réduire la section de certains appuis et de réaliser des économies globales sur le gros œuvre.
Il ne s’agit donc pas seulement de “surdimensionner pour être sûr”, mais de raisonner l’épaisseur du plancher dans une vision d’ensemble de la structure. Un poids propre mieux maîtrisé réduit aussi les efforts sismiques sur le bâtiment, un point non négligeable dans les zones à aléa sismique modéré à fort. Lorsque vous discutez de l’épaisseur de votre plancher hourdis avec votre maître d’œuvre, n’hésitez pas à aborder cette question du poids propre et de ses conséquences : un plancher plus fin mais bien étudié peut parfois être plus performant, plus économique et plus durable qu’un plancher systématiquement “sur-armé”.
Coordination avec les réseaux techniques et réservations
L’épaisseur choisie pour le plancher hourdis doit également tenir compte de l’intégration des réseaux techniques : gaines électriques, conduits de ventilation, évacuations d’eaux usées, alimentation en eau, etc. Un plancher plus épais offre davantage de “volume” pour faire passer ces réseaux dans l’épaisseur de la dalle ou en sous-face, tandis qu’un plancher très mince impose souvent de recourir à des faux-plafonds plus importants ou à des chapes techniques plus épaisses. Comme dans un plafond de voiture qui abrite câbles et éclairage, il faut anticiper ces passages pour éviter les conflits entre structure et réseaux.
Dans la pratique, les réservations traversant le plancher (trémies, gaines techniques verticales) doivent être soigneusement prévues dès l’étude. Elles peuvent localement imposer une augmentation de l’épaisseur de la dalle de compression ou un renfort de ferraillage. Les DTU et Eurocodes interdisent de fragiliser les nervures en les perçant de manière anarchique : toute réservation importante doit être validée par le bureau d’études. Choisir une épaisseur de plancher adaptée aux besoins de passage des réseaux, c’est donc aussi s’éviter des reprises compliquées et coûteuses en cours de chantier.
Critères économiques pour le choix de l’épaisseur du plancher hourdis
Le dernier critère, mais non des moindres, pour choisir l’épaisseur d’un plancher à hourdis reste l’aspect économique. Un plancher plus épais consomme davantage de matériaux (béton, acier, hourdis), augmente le temps de pose et peut nécessiter un étaiement plus important. À l’inverse, une épaisseur insuffisante peut conduire à des renforcements ponctuels, des reprises ultérieures ou des non-conformités coûteuses en assurance décennale. L’enjeu est donc de viser un dimensionnement au plus juste, conforme aux normes, sans surdimensionnement inutile.
En maison individuelle, le coût d’un plancher poutrelles-hourdis complet (poutrelles, hourdis, ferraillage, béton de dalle de compression, main-d’œuvre) se situe fréquemment autour de 90 à 120 €/m², avec des variations selon l’épaisseur, le type de hourdis (béton, terre cuite, polystyrène), la complexité du chantier et la région. Passer d’un système 16+4 à 20+5 peut représenter quelques euros de plus par mètre carré, mais apporter un gain significatif en portée, en confort et en performance thermique. L’arbitrage doit donc se faire sur la base d’un chiffrage global : structure, isolation, finitions et consommation énergétique future.
Pour optimiser ce poste, il est recommandé de :
- faire réaliser une étude de structure ou utiliser les abaques du fabricant pour ajuster l’épaisseur au besoin réel ;
- comparer le coût d’un plancher plus épais mais mieux isolé avec celui d’un plancher plus mince complété par une isolation rapportée importante.
En combinant ces approches, vous pourrez choisir l’épaisseur de plancher hourdis la plus économique sur le cycle de vie du bâtiment, sans sacrifier la sécurité, le confort ou la conformité réglementaire. Le bon plancher n’est pas forcément le plus mince ni le plus épais, mais celui qui répond précisément aux contraintes de votre projet, de la structure à la performance énergétique, en passant par l’acoustique et la facilité de mise en œuvre.