La réalisation d’une dalle béton pour un étage représente l’une des étapes les plus cruciales dans la construction d’un bâtiment moderne. Cette structure horizontale doit supporter non seulement son propre poids, mais également toutes les charges d’exploitation qui y seront appliquées : mobilier, cloisons, équipements techniques et occupants. Contrairement aux dalles sur terre-plein, une dalle d’étage nécessite une approche technique rigoureuse, depuis les calculs de dimensionnement jusqu’aux finitions, en passant par un coffrage adapté et un ferraillage précis. Les enjeux de sécurité et de durabilité imposent le respect strict des normes en vigueur, notamment les DTU 23.1 et 23.5, ainsi que l’application de l’Eurocode 2 pour le calcul des structures en béton armé.

Dimensionnement structurel et calculs de charge pour dalle béton d’étage

Le dimensionnement d’une dalle béton d’étage constitue la phase préliminaire incontournable de tout projet de construction. Cette étape technique détermine les caractéristiques mécaniques nécessaires pour garantir la stabilité et la sécurité de l’ouvrage. L’ingénieur structure doit prendre en compte l’ensemble des sollicitations auxquelles sera soumise la dalle tout au long de sa durée de vie.

Calcul des charges permanentes et d’exploitation selon l’eurocode 1

L’évaluation des charges constitue le point de départ de tout dimensionnement structural. Les charges permanentes incluent le poids propre de la dalle, généralement estimé à 2,5 kN/m² pour une épaisseur de 10 cm, les revêtements de sol, les cloisons distributives et les équipements techniques fixes. Pour un logement d’habitation, cette charge permanente oscille typiquement entre 1,5 et 2,5 kN/m².

Les charges d’exploitation varient selon la destination des locaux. L’Eurocode 1 définit des valeurs caractéristiques : 1,5 kN/m² pour les locaux d’habitation, 2,5 kN/m² pour les bureaux, et jusqu’à 5 kN/m² pour certains locaux industriels. Ces valeurs intègrent une marge de sécurité et correspondent aux sollicitations maximales prévisibles en service normal.

Détermination de l’épaisseur minimale selon la portée et le ferraillage

L’épaisseur de la dalle dépend directement de sa portée et du type de ferraillage retenu. Pour une dalle armée dans une seule direction, l’épaisseur minimale représente généralement 1/30ème de la portée, soit 17 cm pour une portée de 5 mètres. Une dalle armée dans deux directions peut être dimensionnée avec une épaisseur égale à 1/40ème de la plus grande portée.

Ces règles empiriques doivent être affinées par le calcul selon la méthode des états limites. L’état limite ultime (ELU) vérifie la résistance de la structure, tandis que l’état limite de service (ELS) contrôle les déformations et la fissuration. La combinaison fondamentale ELU s’exprime par : 1,35 G + 1,5 Q, où G représente les charges permanentes et Q les charges d’exploitation.

Vérification des flèches admissibles et contraintes de service

La vérification des flèches constitue un aspect critique du dimensionnement, particulièrement pour les dalles de grande portée. L’Eurocode 2 limite la flèche totale

à une valeur comprise entre L/250 et L/500 selon l’usage du plancher, où L représente la portée de la dalle. Pour un plancher d’habitation courant, on retient souvent une flèche maximale de L/300 afin de limiter les risques de fissuration des revêtements de sol et les désordres sur les cloisons. En pratique, cela signifie qu’une dalle d’étage de 5 m de portée ne doit pas se déformer de plus de 1,6 cm sous l’effet des charges de service. Le calcul des flèches prend en compte la rigidité de la section (moment d’inertie), le module d’élasticité du béton et l’influence du fluage, ce qui complexifie l’analyse et justifie le recours à un bureau d’études spécialisé.

Les contraintes de service ne se limitent pas aux déformations visibles. L’Eurocode 2 impose également des vérifications concernant l’ouverture des fissures, la limitation des contraintes dans les armatures et dans le béton comprimé, ainsi que la durabilité de la structure. Une dalle béton d’étage mal dimensionnée peut présenter des microfissures qui, à terme, facilitent la pénétration de l’eau et des agents agressifs, réduisant ainsi la durée de vie de l’ouvrage. Pour un projet de maison individuelle, s’appuyer sur des abaques de fabricants ou sur les calculs d’un ingénieur vous permet de sécuriser ces points sans entrer dans des formules complexes.

Calcul des armatures longitudinales et transversales par méthode BAEL

Avant la généralisation de l’Eurocode 2, le dimensionnement des dalles béton d’étage s’effectuait majoritairement selon la règle BAEL 91 révisée 99. De nombreux professionnels continuent d’utiliser ses principes, notamment pour les projets de rénovation ou les vérifications rapides. La méthode BAEL repose sur un calcul aux états limites, en considérant une répartition simplifiée des moments fléchissants et en utilisant des coefficients de sécurité spécifiques au béton et à l’acier.

Les armatures longitudinales correspondent aux barres principales disposées dans le sens de la portée de la dalle. Elles sont dimensionnées à partir du moment fléchissant maximal, en vérifiant que la section d’acier suffit à reprendre les efforts de traction. Les armatures transversales, quant à elles, assurent la répartition des efforts, la tenue au cisaillement et le bon comportement de la dalle dans l’autre direction. On les assimile souvent au « treillis de répartition » qui évite l’apparition de fissures trop importantes entre les barres principales.

En pratique, pour une dalle pleine d’habitation, on rencontre fréquemment des armatures principales en HA 10 à HA 12 espacées de 15 à 20 cm, complétées par un treillis soudé de type ST25C ou ST25CS. La section minimale d’acier prescrite par le BAEL (et aujourd’hui par l’Eurocode 2) garantit que le béton armé conserve un comportement ductile, c’est-à-dire capable de se déformer avant la rupture. Même si vous ne réalisez pas vous-même ces calculs, il est utile de comprendre cette logique : plus la portée est grande et plus la dalle est sollicitée, plus le diamètre et la densité des aciers augmentent.

Préparation du coffrage et étaiement pour dalle béton suspendue

Une fois le dimensionnement validé, la réalisation d’une dalle béton pour un étage passe par la mise en place d’un coffrage et d’un étaiement adaptés. Contrairement à une dalle sur terre-plein qui repose sur le sol, la dalle suspendue doit être entièrement supportée par une structure provisoire jusqu’au durcissement complet du béton. Cette étape conditionne directement la planéité finale du plancher et la sécurité du chantier. Un coffrage mal conçu peut se déformer ou, pire, céder lors du coulage.

On distingue généralement trois éléments principaux : les étais verticaux, les poutres de répartition (ou tours d’étaiement dans les grandes hauteurs) et les panneaux de coffrage formant le fond de dalle. L’objectif est de créer une « fausse dalle » capable de reprendre le poids du béton frais, du ferraillage et des opérateurs, avec une marge de sécurité importante. Vous vous demandez comment dimensionner cet étaiement ? Dans la plupart des cas, on s’appuie sur les notices des fabricants d’étais et sur l’expérience du maçon, mais il est prudent de faire valider le dispositif pour des dalles de grande portée.

Mise en place des étais métalliques aluprop ou doka eurex

Les étais métalliques réglables, de type Aluprop ou Doka Eurex, sont aujourd’hui la solution la plus répandue pour soutenir une dalle béton d’étage en phase de chantier. Ils présentent l’avantage d’être rapidement mis en oeuvre, de supporter des charges importantes (de l’ordre de 20 à 30 kN par étai selon les modèles) et d’être réglables en hauteur avec une grande précision. Ils remplacent avantageusement les anciens étais en bois, plus sensibles au flambement et aux variations d’humidité.

La disposition des étais dépend de l’épaisseur de la dalle, de la hauteur sous plancher et du poids de coffrage. On prévoit généralement une trame régulière de 1,0 à 1,5 m dans les deux directions, en tenant compte de la capacité de charge de chaque élément. Les platines doivent reposer sur un support suffisamment résistant : dalle existante, poutres, ou au besoin, semelles de répartition en bois ou en acier. Installer des étais sur un sol non préparé, meuble ou non protégé, c’est prendre le risque d’un affaissement brutal lors du coulage.

Le réglage en hauteur se fait à l’aide des écrous ou goupilles de réglage, en visant une légère contre-flèche (quelques millimètres) sur les grandes portées, pour compenser le fluage et les déformations lors du coulage. Une analogie simple : on « surélève » très légèrement le coffrage comme on cambrerait une règle avant de la charger, afin qu’elle soit parfaitement droite une fois le poids appliqué. Les étais doivent être verrouillés, contreventés si nécessaire, et contrôlés visuellement avant toute intervention sur le coffrage.

Installation des poutres de répartition HEB ou IPE

Entre les étais et les panneaux de coffrage, des poutres de répartition métalliques ou en bois massif assurent le transfert des charges. Dans les chantiers professionnels, on utilise fréquemment des profilés acier de type IPE ou HEB, dimensionnés selon la portée et le poids de la dalle. Ces poutres secondaires et primaires créent un maillage porteur qui limite les déformations du coffrage et répartit les charges sur un plus grand nombre d’étais.

Les profilés acier présentent une excellente rigidité et une grande durabilité, mais ils exigent un levage et une manutention adaptés. Sur des chantiers plus modestes, on peut recourir à des poutres bois (bastaings ou poutres en I bois de coffrage) à condition de respecter les portées maximales recommandées par le fabricant. Là encore, la logique est similaire à celle d’un pont provisoire : plus l’écartement entre appuis est important, plus la poutre doit être « forte » pour ne pas fléchir.

Les poutres sont posées perpendiculairement aux panneaux de coffrage, avec des appuis francs sur les têtes d’étais. Il est crucial de s’assurer d’un contact plein (sans jeu) entre ces éléments, en ajustant au besoin la hauteur de certains étais. Un mauvais appui peut entraîner une concentration de charges localisées et des déformations différentielles, visibles ensuite sous forme de plus ou moins gros défauts de planéité de la dalle béton d’étage.

Pose des panneaux de coffrage contreplaqué CTB-X ou OSB

Le fond de dalle est constitué de panneaux de coffrage, généralement en contreplaqué CTB-X ou en OSB de forte épaisseur. Ces panneaux doivent présenter une bonne résistance mécanique et une surface suffisamment lisse pour garantir un parement de béton correct. On utilise fréquemment des panneaux de 18 à 21 mm d’épaisseur pour des dalles d’habitation, à adapter selon les portées entre appuis et les recommandations des fabricants.

La pose s’effectue bord à bord, en veillant à limiter les jours entre panneaux pour éviter les fuites de laitance. Les panneaux sont fixés sur les poutres de répartition à l’aide de vis ou de clous, avec un schéma de fixation serré dans les zones les plus sollicitées. Imaginez ces panneaux comme la « peau » qui va donner sa forme finale à votre dalle : toute irrégularité, flèche ou ressaut du coffrage se retrouvera sur le béton durci.

Selon le niveau d’exigence esthétique, on peut choisir des panneaux de coffrage filmés (type bakélisé) offrant un parement plus régulier et facilitant le décoffrage. Dans tous les cas, il est recommandé d’appliquer un agent de démoulage adapté afin de limiter l’adhérence du béton et de préserver la réutilisation du matériel. Un mauvais choix de produit ou un surdosage peut cependant tacher le béton ou perturber l’adhérence ultérieure de certains revêtements.

Vérification de la planéité et stabilité du coffrage

Avant d’installer le ferraillage, il est indispensable de vérifier la planéité et la stabilité de l’ensemble coffrage-étais. Cette étape, trop souvent négligée, conditionne pourtant la qualité finale de la dalle béton pour étage. On contrôle la planéité à l’aide d’un niveau laser, d’un niveau à bulle de grande longueur ou d’une règle de 2 m, en corrigeant les écarts par un réglage fin des étais.

Une tolérance courante pour un plancher d’habitation est de l’ordre de ±5 mm sur 2 m, mais certains cahiers des charges peuvent être plus exigeants, notamment en présence de revêtements sensibles (parquet flottant, carrelage grand format). La stabilité est vérifiée en s’assurant qu’aucun élément ne bouge sous l’effet d’une pression modérée, et que les étais sont correctement bloqués et, si nécessaire, contreventés. Vous imaginez couler plusieurs tonnes de béton sur une structure qui bouge au simple passage d’un opérateur ? C’est précisément ce scénario qu’il faut éviter.

Enfin, un contrôle visuel des jonctions, des fixations et des appuis permet de repérer les points faibles potentiels : planches fendues, étais mal verrouillés, poutres mal posées. Il est souvent utile d’effectuer cette vérification avec un second regard (chef de chantier, conducteur de travaux) pour limiter le risque d’oubli avant le coulage.

Mise en œuvre du ferraillage selon DTU 23.1

Une fois le coffrage et l’étaiement validés, la mise en place du ferraillage constitue le coeur technique de la réalisation d’une dalle béton d’étage. Le DTU 23.1 fixe les règles de l’art en matière de béton armé, notamment sur le positionnement des armatures, les enrobages minimaux et les liaisons avec les éléments porteurs. L’objectif est double : assurer la résistance mécanique de la dalle et garantir sa durabilité en protégeant les aciers de la corrosion.

On distingue plusieurs familles d’armatures dans une dalle pleine : les armatures principales (dans le sens des portées), les armatures de répartition (dans le sens transverse), les renforts localisés (au droit des appuis, ouvertures, charges concentrées) et les chaînages périphériques assurant la continuité avec les murs et poutres. Comme un squelette invisible, ce réseau d’aciers donne au béton sa capacité à reprendre les efforts de traction et à limiter la fissuration.

Positionnement des armatures principales HA 10 à HA 16

Les armatures principales sont généralement constituées de barres à haute adhérence (HA) de diamètre 10 à 16 mm, disposées parallèlement à la plus grande portée de la dalle. Leur espacement est défini par le calcul, mais, dans les planchers d’habitation courants, on rencontre des entraxes de 10 à 20 cm. Ces barres sont positionnées dans la zone tendue de la dalle, le plus souvent en sous-face pour les travées simples.

Le DTU 23.1 impose un enrobage minimal autour des aciers, généralement de 2 à 3 cm en environnement intérieur courant. Cet enrobage protège les armatures de la corrosion et assure une bonne résistance au feu. En pratique, pour une dalle de 16 cm d’épaisseur, les barres principales sont positionnées à environ 3 à 4 cm du dessous de la dalle grâce à des cales béton ou des distanciers. On veille également à ce que les recouvrements (zones où deux barres se chevauchent) respectent une longueur minimale, souvent de 40 à 60 fois le diamètre de la barre.

Dans les zones d’appui (sur poutres ou murs porteurs), un renforcement spécifique est souvent nécessaire pour reprendre les moments négatifs. On ajoute alors des barres en partie supérieure, ancrées dans les voiles ou poutres adjacents. Cette disposition peut sembler complexe, mais on peut la comparer à un tablier que l’on plie différemment selon qu’il repose au milieu ou sur ses extrémités : la répartition des aciers suit la même logique de zones tendues à renforcer.

Installation des armatures de répartition et chaînages périphériques

Les armatures de répartition complètent les barres principales en assurant la tenue de la dalle dans l’autre direction et en limitant la fissuration de retrait. Elles sont souvent constituées de treillis soudés (type ST25C) ou de barres HA de plus petit diamètre (HA 8 ou HA 10) disposées perpendiculairement aux armatures principales. Leur entraxe est généralement similaire à celui des barres principales, de l’ordre de 15 à 20 cm.

Les chaînages périphériques, réalisés en cadres fermés ou en épingles reliées, assurent la continuité structurale entre la dalle et les voiles porteurs. Ils reprennent les efforts horizontaux (vent, séismes) et assurent une bonne rigidité globale de la structure. Concrètement, il s’agit de barres fermées ou semi-fermées (étriers) disposées tout le long des rives, reliées aux armatures des murs ou poutres par des liaisons d’attente. Ces chaînages forment une sorte de « ceinture » rigide autour de la dalle béton d’étage.

Au droit des ouvertures (trémies d’escalier, gaines techniques), des renforts spécifiques sont nécessaires pour contourner les vides. On ajoute alors des barres supplémentaires autour des réservations, parfois avec des équerres pour assurer la continuité des efforts. Ces dispositions sont généralement précisées sur les plans de ferraillage fournis par le bureau d’études, qu’il convient de respecter scrupuleusement.

Mise en place des cales béton et distanciers spacer

Pour garantir l’enrobage minimal des armatures, des cales béton (ou « dés ») et des distanciers de type Spacer sont utilisés. Ces accessoires, souvent négligés par les bricoleurs, jouent pourtant un rôle essentiel dans la durabilité de la dalle. Les cales béton se placent sous les barres inférieures, tandis que les distanciers horizontaux maintiennent l’écartement entre nappes d’armatures ou par rapport aux bords du coffrage.

Les cales doivent être disposées à intervalles réguliers, de manière à supporter le treillis ou les barres principales sans provoquer de poinçonnement du coffrage. On évite absolument l’utilisation de cailloux ou de chutes de bois, qui ne garantissent ni la bonne hauteur ni une compatibilité avec le béton. Les distanciers plastiques ou métalliques Spacer permettent de maintenir la position des aciers lors du coulage, évitant qu’ils ne soient poussés vers le bas ou vers le haut par le béton frais.

Vous vous demandez comment vérifier que tout est correctement positionné ? Avant de couler, un contrôle visuel depuis le dessus et, si possible, depuis le dessous de la dalle permet de s’assurer que les armatures ne touchent pas le coffrage et que les enrobages sont respectés. Un simple mètre et une pige peuvent suffire pour confirmer ces distances cruciales.

Contrôle de l’enrobage minimal et liaison avec les voiles porteurs

Le contrôle de l’enrobage minimal des armatures est une exigence majeure du DTU 23.1 et de l’Eurocode 2. En environnement intérieur sec (classe XC1), un enrobage de 2 cm peut suffire, mais on retient souvent 2,5 à 3 cm pour tenir compte des tolérances de chantier. En zone plus agressive (parking, locaux humides), l’enrobage requis augmente. L’enrobage se mesure entre la surface extérieure du béton et la surface de l’acier la plus proche.

Les liaisons entre la dalle et les voiles porteurs (murs, refends) sont assurées par des barres d’attente ou des ancrages spécifiques. Ces barres, souvent en U ou en L, sont ancrées dans les voiles puis reliées aux armatures de la dalle. Elles permettent de garantir une continuité structurale et d’éviter les « joints de rupture » au droit des liaisons. On peut comparer ce dispositif aux agrafes qui relient deux pièces de tissu : sans elles, les éléments glisseraient l’un par rapport à l’autre.

Avant coulage, un dernier contrôle consiste à vérifier la bonne ancre des barres dans les voiles (longueur d’ancrage suffisante, généralement 40 à 60 fois le diamètre) et l’absence d’aciers trop proches des surfaces apparentes. Une armature mal ancrée ou trop proche du parement peut se traduire, à moyen terme, par des fissures, des éclats de béton ou des traces de corrosion.

Coulage et finition de la dalle béton C25/30

Lorsque le coffrage et le ferraillage sont validés, la dalle béton d’étage est prête à être coulée. Le choix du béton, la méthode de mise en oeuvre et les finitions influencent directement la résistance mécanique, la planéité et la durabilité du plancher. Pour un plancher courant d’habitation, on utilise généralement un béton C25/30, correspondant à une résistance caractéristique de 25 MPa sur éprouvettes cylindriques et 30 MPa sur éprouvettes cubiques.

Dans le cas d’une dalle suspendue, la régularité du coulage et la bonne vibration du béton sont essentielles pour éviter les nids d’abeilles, les défauts de compacité et les hétérogénéités. Vous envisagez de couler votre dalle à la main, à la bétonnière ? Pour de petites surfaces, c’est envisageable, mais dès que la surface dépasse quelques dizaines de mètres carrés, le recours à un béton prêt à l’emploi livré en toupie s’impose pour garantir une qualité constante.

Choix du béton prêt à l’emploi et adjuvants plastifiants

Le béton C25/30 pour dalle d’étage est généralement commandé sous forme de béton prêt à l’emploi auprès d’une centrale. Vous pouvez spécifier une consistance de type S3 ou S4 selon l’accessibilité du chantier et la méthode de coulage. Une consistance plus fluide facilite la mise en place, mais nécessite une vigilance accrue sur la ségrégation potentielle (séparation granulats/laitance) si la vibration est insuffisante.

Les adjuvants plastifiants ou superplastifiants permettent d’augmenter la maniabilité du béton sans augmenter la quantité d’eau, ce qui est crucial pour conserver une bonne résistance mécanique. Dans certains cas, on peut également recourir à des adjuvants retardateurs de prise, utiles lors de coulages par forte chaleur ou pour des surfaces importantes. À l’inverse, par temps froid, des accélérateurs de prise ou des bétons chauffés peuvent être envisagés pour assurer un développement suffisant des résistances initiales.

Il est recommandé de préciser dans la commande le type d’ouvrage (dalle d’étage, épaisseur, présence de ferraillage dense) afin que la centrale adapte éventuellement la formulation (granulométrie, adjuvants). Le bon de livraison doit être vérifié à l’arrivée pour s’assurer de la conformité de la classe de résistance, de la consistance et, le cas échéant, des adjuvants prévus.

Technique de coulage par pompe à béton ou grue à benne

Pour une dalle située en étage, l’accès direct par camion-toupie est rarement possible. On recourt alors à une pompe à béton (pompe automotrice ou fixe avec tuyauterie) ou à une grue équipée d’une benne à béton. La pompe offre une grande souplesse de mise en oeuvre et permet d’alimenter en continu les zones de coulage, ce qui limite les joints de reprise et les variations de consistance.

La benne à béton, quant à elle, convient mieux aux chantiers de plus petite taille ou lorsqu’une grue tour est déjà présente. Le béton est alors versé par charges successives, ce qui exige une bonne coordination entre le grutier et les équipes de mise en place. Dans tous les cas, le coulage doit se faire de manière progressive et uniforme, en évitant de déverser le béton de trop haut pour limiter la ségrégation.

On commence généralement le coulage à un angle de la dalle, puis on progresse en bandes parallèles. Il est important de ne pas laisser le béton tirer d’un côté pendant que l’autre n’est pas encore coulé, afin d’éviter des joints de reprise non souhaités. La continuité du coulage assure une meilleure homogénéité et une réduction des risques de fissurations différentielles.

Vibration par aiguille vibrante enar ou règle vibrante

La vibration du béton est une étape fondamentale pour chasser l’air emprisonné et assurer une bonne compacité. Sur une dalle d’étage, on utilise le plus souvent une aiguille vibrante (de marque Enar, Wacker, etc.) ou une règle vibrante pour les couches de faible épaisseur. L’aiguille est introduite verticalement dans le béton frais, par pénétrations successives, sur toute l’épaisseur de la dalle.

Il est important de ne pas vibrer excessivement, au risque de provoquer une ségrégation et de faire remonter les gros granulats en surface. Un temps de vibration de quelques secondes par point, avec un recouvrement des zones voisines, est généralement suffisant. La règle vibrante, utilisée en complément, permet de niveler et de vibrer simultanément la surface du béton sur des travées limitées.

On repère visuellement l’efficacité de la vibration par l’apparition d’une laitance homogène en surface et la disparition des bulles d’air. Une bonne vibration est d’autant plus cruciale que le ferraillage est dense, car les interstices entre barres constituent des zones propices aux nids d’abeilles si le béton n’y parvient pas correctement.

Talochage et cure du béton selon conditions climatiques

Après la mise à niveau et la vibration, la surface de la dalle est tirée à la règle puis talochée. Le talochage permet de fermer la surface, de gommer les petites irrégularités et de préparer le support pour le revêtement final (chape, carrelage, etc.). On utilise une taloche manuelle ou mécanique, en effectuant des mouvements circulaires ou longitudinaux selon l’aspect recherché.

La cure du béton est ensuite une étape essentielle, souvent sous-estimée, pour limiter le retrait et la fissuration. Selon les conditions climatiques (chaleur, vent, hygrométrie), il peut être nécessaire de protéger la dalle fraîchement coulée par un film polyane, un produit de cure pulvérisé ou un arrosage léger et régulier. En été, sans protection, une dalle peut perdre son eau de gâchage trop rapidement, entraînant des fissures de retrait plastique visibles dès les premières heures.

Il est recommandé d’interdire toute surcharge de la dalle pendant au moins 7 jours, le temps que le béton atteigne une résistance suffisante pour supporter les premiers passages. La résistance finale (C25/30) est atteinte à 28 jours, mais la plupart des chantiers autorisent des charges modérées avant cette échéance, sous réserve de respecter les prescriptions de l’ingénieur structure ou du fabricant de béton.

Décoffrage et contrôles de conformité

Le décoffrage intervient une fois que le béton a acquis une résistance suffisante pour se porter lui-même sans l’aide du coffrage et des étais. Le délai minimal dépend de la classe de résistance du béton, de la température ambiante et des adjuvants éventuels, mais on retient souvent une durée de 7 à 14 jours avant le retrait partiel des étais pour une dalle béton d’étage en logement individuel. Le décoffrage complet (retrait de tous les appuis) peut être différé à 21 ou 28 jours, selon les recommandations du bureau d’études.

Le retrait des panneaux de coffrage se fait avec précaution, en commençant par les éléments non porteurs et en conservant un étaiement de sécurité sous les zones les plus sollicitées. On surveille pendant cette phase toute apparition de fissures anormales, de décollements ou de bruits inquiétants. Une analogie utile : on retire les béquilles d’un pont provisoire progressivement, en observant sa réaction, plutôt que de tout enlever d’un coup.

Une fois le coffrage déposé, la face inférieure de la dalle est inspectée visuellement pour détecter les nids d’abeilles, les manques de béton ou les défauts de planéité. Des mesures de flèche peuvent être effectuées au moyen d’un niveau laser ou d’une règle de grande longueur pour vérifier le respect des tolérances prévues. En cas de défauts localisés, des reprises ponctuelles au mortier ou des injections peuvent être envisagées, sous le contrôle d’un professionnel.

Enfin, avant la pose des cloisons et des revêtements de sol, il est judicieux de consigner dans un rapport les principales caractéristiques de la dalle : épaisseur mesurée, type de béton, date de coulage, disposition des armatures, résultats éventuels d’essais (carottes, scléromètre). Ce « carnet de santé » de votre dalle béton d’étage constitue une référence précieuse en cas de travaux ultérieurs, de rénovation ou de diagnostic structurel.