# Comment gérer les fissures dans une maison neuve ?

L’achat d’une maison neuve représente un investissement majeur et une étape importante dans la vie. Pourtant, même dans les constructions récentes, l’apparition de fissures peut rapidement transformer l’enthousiasme initial en inquiétude légitime. Ces désordres, qu’ils soient superficiels ou structurels, touchent près de 30% des constructions neuves dans les cinq premières années suivant leur achèvement, selon les données du secteur de la construction. La France enregistre chaque année plus de 150 000 déclarations de sinistres liés aux fissures, avec un coût moyen d’indemnisation dépassant 15 000 euros par dossier. Face à cette réalité, comprendre la nature des fissures, identifier leur gravité et connaître les recours disponibles devient essentiel pour tout propriétaire. Les pathologies fissurales dans le bâtiment neuf relèvent d’une expertise technique précise, encadrée par des normes strictes et des garanties légales qui protègent vos droits en tant qu’acquéreur.

Typologie des fissures structurelles et microfissures dans les constructions récentes

La classification des fissures constitue la première étape d’un diagnostic fiable. Dans le secteur du bâtiment, les professionnels distinguent plusieurs catégories de fissures selon leur morphologie, leur profondeur et leur impact potentiel sur la stabilité de l’ouvrage. Cette typologie permet d’orienter rapidement l’analyse vers les causes probables et d’évaluer le niveau de risque. Les microfissures, dont l’ouverture reste inférieure à 0,2 millimètre, se distinguent nettement des fissures fines (entre 0,2 et 2 millimètres) et des lézardes (supérieures à 2 millimètres). Chaque catégorie correspond à des mécanismes de dégradation spécifiques qui nécessitent des approches de réparation adaptées.

Fissures superficielles d’enduit et faïençage post-chantier

Le faïençage représente l’un des désordres les plus fréquents observés sur les façades neuves. Ce phénomène se manifeste par un réseau de microfissures formant un maillage irrégulier à la surface de l’enduit. L’origine de ces dégradations remonte généralement aux conditions d’application de l’enduit : un support mal préparé, un dosage incorrect du mortier, ou encore un temps de séchage inadapté aux conditions climatiques. Le retrait hydraulique du mortier, qui survient lors de l’évaporation de l’eau contenue dans le mélange, provoque des tensions dans la couche d’enduit lorsque celle-ci est trop épaisse ou appliquée en une seule passe. Les températures extrêmes durant le séchage, qu’il s’agisse de canicule ou de gel, amplifient considérablement ce phénomène. Bien que généralement sans conséquence structurelle, le faïençage compromet l’étanchéité de la façade et facilite les infiltrations d’eau qui, à terme, peuvent dégrader les maçonneries sous-jacentes.

Fissures en escalier dans les joints de maçonnerie

Les fissures en escalier suivent précisément les joints entre les éléments de maçonnerie, qu’il s’agisse de briques, de parpaings ou de pierres. Cette configuration géométrique caractéristique révèle souvent un tassement différentiel des fondations ou un mouvement du sol d’assise. Contrairement aux fissures traversant les blocs eux-mêmes, celles qui empruntent les joints indiquent que la maçonnerie fonctionne comme un ensemble rigide soum

u à des déformations différentielles. Elles apparaissent fréquemment à la jonction entre deux zones de rigidité différente (corps principal de la maison et garage accolé, extension récente, décroché de façade). Plus ces fissures en escalier sont larges et continues, plus la suspicion de mouvement du sol ou de fondations sous-dimensionnées est forte.

Dans une maison neuve, ce type de fissuration nécessite une attention particulière lorsque l’ouverture dépasse 2 mm, lorsqu’elle est visible à la fois à l’intérieur et à l’extérieur ou lorsqu’elle se prolonge sur plusieurs mètres linéaires. Au-delà de l’aspect esthétique, ces désordres peuvent annoncer un déséquilibre progressif de l’ouvrage. Un diagnostic par expert indépendant, complété le cas échéant par une étude géotechnique, permet alors de déterminer si une reprise en sous-œuvre ou un renforcement ponctuel des maçonneries est nécessaire.

Fissures horizontales et verticales traversantes dans les murs porteurs

Les fissures horizontales et verticales traversantes affectant les murs porteurs constituent un signal fort de possible pathologie structurelle. Une fissure verticale continue, partant d’un angle de baie ou d’un chaînage vertical et se prolongeant sur toute la hauteur du mur, traduit fréquemment un différentiel d’assise des fondations ou un défaut de continuité des armatures. À l’inverse, une fissure horizontale marquée au droit d’un plancher intermédiaire peut révéler une rupture de chaînage ou un mauvais transfert des charges entre plancher et mur support.

Dans les constructions récentes, ces fissures traversantes sont d’autant plus préoccupantes qu’elles remettent en question la conformité de l’ouvrage au regard des règles de l’art (DTU maçonnerie, BAEL ou Eurocodes). Lorsqu’elles excèdent 5 mm d’ouverture, qu’elles évoluent rapidement ou qu’elles s’accompagnent de symptômes secondaires (portes qui coincent, déformation des planchers, carrelages fissurés), elles justifient une expertise structurelle approfondie. Ignorer ces signaux revient à tolérer une faiblesse dans le « squelette » de la maison, avec un risque d’aggravation sous l’effet des cycles saisonniers ou d’un événement exceptionnel (sécheresse intense, épisode pluvieux majeur).

Fissures de retrait du béton selon le DTU 23.1

Les fissures de retrait du béton sont directement liées au comportement intrinsèque des éléments en béton armé lors de leur phase de maturation. Le DTU 23.1 relatif aux murs en béton banché rappelle que le retrait hydraulique et thermique du béton génère inévitablement des microfissures si les dispositions constructives ne sont pas strictement respectées (ferraillage minimal, joints de retrait, cure adaptée). Ces fissures, généralement fines, apparaissent perpendiculairement aux armatures principales et peuvent se répartir de manière régulière sur un voile ou une dalle.

Dans une maison neuve, la difficulté consiste à distinguer les fissures de retrait « normales », limitées en largeur et sans impact sur la durabilité, des fissurations révélatrices d’un béton trop pauvre, d’une cure insuffisante ou d’une absence de joints de fractionnement. Le DTU 23.1 tolère des ouvertures limitées, souvent inférieures à 0,3 mm pour les éléments non exposés à des environnements agressifs. Au-delà, ou si ces fissures servent de voie préférentielle à l’eau (parkings semi-enterrés, sous-sols, façades exposées), des mesures correctives doivent être envisagées : injection de résine, reprise des revêtements protecteurs, voire renforcement localisé si l’armature est mise à nu par corrosion.

Diagnostic technique des pathologies fissurales selon la norme NF P03-200

Une fois la typologie des fissures identifiée, la phase de diagnostic s’appuie sur des méthodes normalisées pour objectiver la situation. La norme NF P03-200 encadre les missions d’expertise et le contenu des rapports techniques, afin de garantir une analyse contradictoire, précise et exploitable tant sur le plan technique que juridique. L’enjeu est double : qualifier la gravité des désordres et démontrer, le cas échéant, leur caractère décennal ou non.

Ce diagnostic ne se limite pas à une simple observation visuelle. Il combine mesures instrumentées, suivi dans le temps et investigations complémentaires sur le sol et la structure. On peut comparer cette démarche à un examen médical complet : la fissure est le « symptôme visible », mais c’est bien l’ensemble « terrain – fondations – structure – revêtements » qui doit être ausculté pour remonter à la cause réelle. Plus le diagnostic initial est rigoureux, plus les solutions de réparation seront ciblées et pérennes.

Mesure de l’ouverture avec fissuromètre et jauge extensométrique

La mesure de l’ouverture d’une fissure constitue un indicateur de base pour évaluer sa criticité. Le fissuromètre, ou jauge graduée transparente, permet de mesurer avec une précision de l’ordre du dixième de millimètre l’écartement en différents points de la fissure. Cette mesure ponctuelle est indispensable pour classer la fissure (microfissure, fissure fine, lézarde) et pour comparer la situation aux seuils généralement admis dans la profession (2 mm, 5 mm, 10 mm, etc.).

Pour des analyses plus poussées, notamment sur des fissures susceptibles d’évoluer, l’expert peut recourir à des jauges extensométriques. Ces dispositifs, parfois connectés, enregistrent en continu les micro-variations d’ouverture sous l’effet des cycles thermiques ou des mouvements lents du sol. Vous vous demandez à quoi cela sert concrètement ? À vérifier si la fissure se « stabilise » après la première année de tassement de la maison, ou si au contraire elle continue de s’ouvrir, ce qui orientera les décisions de réparation et les recours assurantiels.

Analyse de l’évolutivité par pose de témoins en plâtre et jauges LCPC

L’évolutivité d’une fissure est un critère déterminant : une fissure ancienne, figée, n’appelle pas la même réponse qu’une fissure active qui progresse de plusieurs dixièmes de millimètre par an. La pose de témoins en plâtre, une méthode simple et économique, consiste à appliquer une languette de plâtre ou de mortier spécialement formulé à cheval sur l’ouverture. Toute rupture ultérieure du témoin signale un mouvement poursuivi de la fissure.

Pour une surveillance plus précise, notamment dans le cadre d’un suivi normé, l’expert peut installer des jauges de type LCPC. Ces dispositifs normalisés mesurent non seulement l’ouverture mais aussi les déplacements relatifs des deux lèvres de la fissure (cisaillement, rotation). Les relevés, réalisés à intervalles réguliers (mensuels ou trimestriels), permettent de quantifier l’évolution et d’établir des courbes de tendance. C’est un peu l’équivalent d’un électrocardiogramme pour votre maison : on suit son « rythme » structurel et l’on détecte toute anomalie avant qu’elle ne devienne critique.

Étude géotechnique G5 pour identifier les tassements différentiels

Lorsque les fissures évoquent clairement un mouvement du sol (fissures en escalier, différentiels d’assise entre parties de bâtiment, lézardes importantes), une étude géotechnique de type G5 devient indispensable. Cette mission, définie par la norme NF P94-500, a pour objectif de diagnostiquer les causes géologiques et hydriques des désordres observés : retrait-gonflement des argiles, présence de cavités, ancien remblai mal compacté, nappe phréatique fluctuante, etc.

Concrètement, le géotechnicien réalise des sondages, essais pressiométriques, carottages ou pénétrométriques et corrèle ces données aux cartes de sols locales et à l’historique climatique (épisodes de sécheresse ou d’inondation). Vous l’aurez compris : sans connaître le comportement réel du terrain d’assise, toute réparation lourde risque de ne traiter que la conséquence, pas la cause. L’étude G5 oriente ainsi vers les solutions de confortement les plus adaptées : micropieux, longrines, injections de résine de stabilisation, drainage périphérique, ou combinaisons de ces techniques.

Expertise structurelle par ingénieur bureau de contrôle technique

Au-delà des mesures ponctuelles et des analyses de sol, l’expertise structurelle globale est confiée à un ingénieur spécialisé, souvent issu d’un bureau de contrôle technique ou d’un bureau d’études structures. Sa mission consiste à « lire » le comportement de l’ouvrage dans son ensemble : cohérence des chaînages, dimensionnement des fondations, cheminement des charges, rôle des murs porteurs et refends, interactions avec les extensions ou aménagements ultérieurs.

Sur la base des plans d’exécution (lorsqu’ils sont disponibles) et des relevés sur site, l’ingénieur vérifie la conformité de la maison aux règles de calcul en vigueur (Eurocode 2 pour le béton, Eurocode 6 pour la maçonnerie, etc.). Il peut recourir ponctuellement à des sondages destructifs, à des ferroscan ou à des mesures de flèche sur les planchers. Le rapport qui en découle joue un rôle central : il établit le lien entre les fissures visibles et les éventuelles non-conformités structurelles, ce qui sera déterminant pour activer la garantie décennale ou engager la responsabilité contractuelle des intervenants.

Responsabilités légales du constructeur dans le cadre de la garantie décennale

En France, la protection du propriétaire d’une maison neuve repose sur un arsenal juridique solide, principalement articulé autour des articles 1792 et suivants du Code civil. Le constructeur, qu’il s’agisse d’un constructeur de maison individuelle (CCMI), d’un promoteur ou d’un maître d’œuvre coordonnant plusieurs entreprises, est tenu à une responsabilité de plein droit pendant dix ans pour les dommages compromettant la solidité de l’ouvrage ou le rendant impropre à sa destination. Les fissures structurelles entrent de plein pied dans ce champ lorsqu’elles affectent les murs porteurs, les fondations ou l’étanchéité générale.

À côté de cette garantie décennale, deux autres régimes s’appliquent : la garantie de parfait achèvement (un an) et la garantie biennale des éléments d’équipement (deux ans). Savoir dans quel cadre inscrire votre réclamation permet de cibler la bonne procédure et de respecter les délais légaux. En cas de désaccord persistant avec le constructeur, la mise en demeure formelle constitue le préalable à toute action contentieuse ou à l’activation de l’assurance dommages-ouvrage.

Application de la garantie de parfait achèvement durant la première année

La garantie de parfait achèvement, prévue par l’article 1792-6 du Code civil, impose au constructeur de remédier à tous les désordres signalés durant l’année qui suit la réception, qu’ils soient apparents ou révélés après coup. Dans ce cadre, les fissures d’enduit, microfissures de joints, désordres de faïençage ou défauts d’aspect sur les cloisons intérieures doivent être réparés sur simple demande du maître d’ouvrage, dès lors qu’ils ont été dûment notifiés.

En pratique, il est fortement recommandé de consigner l’ensemble des fissures constatées dans un courrier recommandé avec accusé de réception, illustré par des photographies datées. Vous pouvez également mentionner les réserves émises au procès-verbal de réception, si certaines fissures étaient déjà visibles à cette étape. Si le constructeur tarde à intervenir ou refuse les réparations, la mise en demeure lui fixe un délai précis d’exécution, au-delà duquel vous pourrez saisir un médiateur, l’assurance dommages-ouvrage ou, en dernier recours, le juge compétent.

Garantie biennale des éléments d’équipement selon l’article 1792-3 du code civil

L’article 1792-3 du Code civil instaure une garantie de bon fonctionnement de deux ans pour les éléments d’équipement dissociables de l’ouvrage. À première vue, cette garantie semble éloignée de la problématique des fissures. Pourtant, certaines fissurations peuvent résulter d’un défaut d’équipement : linteaux préfabriqués mal dimensionnés, éléments de façade rapportés, menuiseries mal ancrées générant des fissures en moustache, etc.

Dans ce cas de figure, la frontière entre désordre d’équipement et désordre structurel peut être ténue. Un expert pourra préciser si le défaut touche principalement l’élément d’équipement (relevant de la biennale) ou la structure support (relevant de la décennale). Pour vous, propriétaire, l’important est de notifier sans délai tout désordre susceptible d’être rattaché à un équipement : éclats de béton au droit d’un garde-corps, fissures localisées autour des châssis de fenêtres, désordres sur les acrotères de toitures-terrasses, etc.

Garantie décennale pour les désordres compromettant la solidité de l’ouvrage

La garantie décennale, cœur du dispositif de protection, couvre pendant dix ans les désordres qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Une fissure de façade qui laisse passer l’eau, un mur porteur lézardé, une fondation affaiblie par des tassements différentiels ou une rupture de chaînage peuvent entrer dans ce champ. La jurisprudence considère également comme décennaux certains désordres graves d’étanchéité, même lorsqu’ils ne mettent pas immédiatement en péril la stabilité globale.

Pour faire reconnaître le caractère décennal de vos fissures, il est utile de disposer d’un rapport d’expertise indépendant mettant clairement en évidence le lien entre fissures et dégradation de la solidité (ou de l’habitabilité). Vous vous demandez si une fissure de 3 mm peut suffire à mobiliser la décennale ? Tout dépend de sa nature, de sa localisation et de ses conséquences : une fissure de 3 mm traversante sur un mur de sous-sol entraînant des infiltrations récurrentes sera bien plus problématique qu’une fissure de même largeur sur un simple doublage en plaque de plâtre.

Procédure de mise en demeure et recours contre le maître d’œuvre

Lorsque le dialogue amiable avec le constructeur ou le maître d’œuvre n’aboutit pas, la mise en demeure constitue une étape clé. Ce courrier, envoyé en recommandé avec accusé de réception, doit rappeler les faits (description des fissures, dates d’apparition, références aux rapports d’expertise), mentionner le fondement juridique (parfait achèvement, biennale ou décennale) et fixer un délai raisonnable pour l’exécution des travaux de réparation. À défaut de réponse ou en cas de refus, vous pourrez saisir le juge des référés pour demander la désignation d’un expert judiciaire.

Parallèlement, il est possible d’activer votre assurance dommages-ouvrage, si vous en avez souscrit une lors de la construction. Cette assurance, obligatoire en théorie mais encore trop souvent négligée, a pour vocation d’indemniser rapidement les travaux relevant de la décennale, sans attendre que la responsabilité définitive des intervenants soit tranchée. Ensuite, l’assureur se retourne contre les constructeurs et leurs assureurs décennaux. Cette mécanique, bien que parfois longue, vous évite d’avancer les frais de réparations lourdes liées à des fissures structurelles.

Techniques de réparation et consolidation des fissures structurelles

Une fois le diagnostic posé et la responsabilité établie, vient la question cruciale des travaux de réparation. Contrairement à une simple reprise d’enduit ou à un rebouchage cosmétique, le traitement des fissures structurelles doit toujours viser à restaurer la continuité mécanique de l’ouvrage et à traiter la cause profonde. Les solutions disponibles vont du simple agrafage local à la reprise en sous-œuvre des fondations, en passant par l’injection de résines et la pose de treillis d’armature.

Le choix de la technique dépend de plusieurs paramètres : nature du support (béton, maçonnerie, bloc à bancher), largeur et profondeur de la fissure, caractère évolutif ou non, type de sollicitation (traction, flexion, cisaillement) et comportement du sol. On peut comparer cela à la réparation d’un os fracturé : parfois une simple immobilisation suffit, parfois il faut poser une plaque et des vis, voire recourir à une greffe osseuse. Dans le bâtiment, la même logique de gradation s’applique.

Injection de résine époxy ou polyuréthane sous pression contrôlée

L’injection de résine est une technique privilégiée pour traiter les fissures fines à moyennes dans les éléments en béton ou en maçonnerie. Après un nettoyage minutieux et le forage de petits orifices à intervalles réguliers de part et d’autre de la fissure, une résine époxy ou polyuréthane est injectée sous pression contrôlée. L’objectif est de remplir intégralement le réseau fissuré, de rétablir la monolithie de l’élément et, dans certains cas, d’assurer une étanchéité durable.

Les résines époxy, plus rigides, sont adaptées aux ouvrages où la fissuration ne doit plus évoluer et où la continuité mécanique prime (poutres, dalles, voiles porteurs). Les résines polyuréthanes, plus souples et expansives, sont souvent utilisées pour colmater des venues d’eau ou stabiliser des terrains fissurés autour des fondations. Avant toute injection, il est essentiel de vérifier que les mouvements structurels sont maîtrisés : injecter une fissure encore active reviendrait à coller une plaie qui continue de s’ouvrir.

Agrafage métallique et pose de platines pour chaînage des maçonneries

L’agrafage métallique consiste à créer des « ponts » de renfort transversal au droit de la fissure, généralement à l’aide de fers plats ou de barres en acier inoxydable scellés chimiquement dans la maçonnerie. Cette technique est particulièrement adaptée aux fissures en escalier des murs en briques ou parpaings, ou aux fissures franches de murs porteurs. Elle vise à reconstituer la continuité des efforts de traction et de cisaillement, empêchant ainsi la fissure de s’ouvrir à nouveau.

Dans les cas les plus lourds, cet agrafage peut être complété par la pose de platines ou de profilés métalliques solidarisant plusieurs portions de mur ou assurant un nouveau chaînage horizontal. Cette solution, souvent mise en œuvre dans les maisons anciennes, trouve également sa place dans des constructions récentes lorsque les chaînages d’origine sont défaillants. L’ingénieur structure dimensionne alors le nombre, la section et l’espacement des agrafes et platines, en s’appuyant sur les règles de calcul et sur les charges réellement supportées par les murs concernés.

Reprise en sous-œuvre par micropieux ou longrines béton armé

Lorsque les fissures sont la conséquence directe d’un tassement différentiel des fondations, aucune réparation superficielle des murs ne sera durable tant que le sol d’assise n’aura pas été stabilisé. La reprise en sous-œuvre consiste alors à créer de nouveaux appuis plus profonds et plus stables, souvent au moyen de micropieux forés jusqu’au « bon sol », reliés entre eux par des longrines en béton armé. Cette technique transfère les charges de la maison vers des couches de terrain moins sensibles aux variations hydriques ou aux affaissements.

Sur le plan pratique, les travaux de reprise en sous-œuvre sont intrusifs : terrassements ponctuels, bruit, poussière, intervention de foreuses spécifiques. Ils représentent cependant, dans de nombreux cas, la seule solution pérenne pour une maison neuve construite sur un sol argileux sujet au retrait-gonflement ou sur un ancien remblai mal étudié. Une fois la stabilité retrouvée et les mouvements stoppés, il est possible de traiter les fissures résiduelles par injection, agrafage et réfection des enduits.

Application de treillis d’armature et enduit de rénovation fibré

Pour les fissures superficielles ou pour homogénéiser le comportement d’une façade après des réparations structurelles, l’application d’un treillis d’armature noyé dans un enduit de rénovation fibré constitue une solution efficace. Le treillis (en fibre de verre alcali-résistante ou en acier galvanisé selon les systèmes) répartit les contraintes sur une plus grande surface, limitant ainsi les concentrations de tension responsables des fissurations fines.

Les enduits de rénovation fibrés, conformes aux spécifications des DTU 26.1 et Règlementations ETICS pour les systèmes d’isolation thermique par l’extérieur, offrent une meilleure résistance aux micro-mouvements du support. Ils jouent en quelque sorte le rôle d’une « peau élastique » sur le mur. Attention toutefois : ces solutions ne doivent jamais être utilisées pour masquer des fissures structurelles actives sans diagnostic préalable. Elles interviennent en finition, une fois la cause des mouvements traitée et la structure stabilisée.

Prévention des pathologies fissurales lors de la construction neuve

La meilleure façon de gérer les fissures reste encore de les prévenir dès la conception et la réalisation de la maison neuve. Les retours d’expérience des sinistres montrent qu’une grande partie des pathologies fissurales pourraient être évitées par une étude de sol adaptée, un dimensionnement rigoureux des fondations, le respect des DTU et une maîtrise des délais de séchage. En d’autres termes, un chantier bien préparé et bien suivi fissure beaucoup moins qu’un projet mené au pas de course.

Pour vous, futur propriétaire, cela implique de rester vigilant dès la phase de projet : exiger une étude géotechnique de type G2 AVP au minimum, vérifier la présence de joints de dilatation sur les plans, s’assurer que les temps de séchage des bétons et enduits sont respectés et que les reprises de bétonnage sont correctement traitées. Un constructeur sérieux n’a rien à cacher sur ces points et sera en mesure de vous expliquer ses choix techniques.

Recours assurantiels et indemnisation via l’assurance dommages-ouvrage

En parallèle des garanties légales pesant sur le constructeur, l’assurance dommages-ouvrage (DO) joue un rôle central pour sécuriser financièrement la réparation des fissures structurelles dans une maison neuve. Souscrite avant l’ouverture du chantier par le maître d’ouvrage, elle a pour vocation de préfinancer, sans recherche immédiate de responsabilité, les travaux relevant de la garantie décennale. Dans le contexte actuel de multiplication des sinistres liés au retrait-gonflement des argiles, cette assurance s’avère plus que jamais stratégique.

En cas de fissures importantes susceptibles d’être décennales, la procédure commence par une déclaration de sinistre à l’assureur DO, idéalement accompagnée d’un premier rapport d’expert indépendant et de photographies datées. L’assureur dispose alors de délais stricts pour mandater son propre expert, notifier sa position et, le cas échéant, proposer une offre d’indemnisation. Vous vous demandez si cette démarche est compatible avec une action directe contre le constructeur ? Oui, car la DO se retournera ensuite contre les responsables identifiés (entreprises, maîtres d’œuvre, géotechniciens) et leurs assureurs, sans vous priver de vos autres recours.

Lorsque les fissures trouvent leur origine dans un événement reconnu en catastrophe naturelle (sécheresse exceptionnelle, inondation, mouvement de terrain), l’indemnisation peut également passer par la garantie « catastrophes naturelles » de votre assurance habitation. Encore faut-il que votre commune fasse l’objet d’un arrêté publié au Journal officiel, et que vous déclariez le sinistre dans les dix jours suivant cette publication. Dans tous les cas, une documentation précise des fissures, un diagnostic technique solide et une bonne compréhension des garanties dont vous bénéficiez restent vos meilleurs atouts pour obtenir une prise en charge rapide et équitable.